AREE, UN AUTOMATE SUR VÉNUS

AREE, un Rover mécanique qui pourrait explorer Vénus

AREE, un Rover mécanique qui pourrait explorer Vénus

Se poser sur la seconde planète du système solaire est un véritable défi. La jumelle de la Terre est un enfer où règne une température moyenne de 460 degrés ainsi qu’une pression équivalente à celle que l’on trouve au fond des fosses sous-marines de l’Océan Pacifique. Une étude du NIAC (NASA) propose une approche inhabituelle.

Dans les années 70 et 80, les sondes soviétiques Venera ont été les seules à réussir un atterrissage sur Venus. Sur quatorze tentatives, neuf ont réussi. Parmi elles, Venera 7 a émis des signaux pendant 23 minutes le 15 décembre 1970. Il faut ensuite attendre un peu plus d’un an et demi avant l’arrivée d’un nouvel engin d’exploration –, Venera 8 le 22 juillet 1972. Celle-ci double la mise avec un temps d’émission de cinquante minutes. Cependant, les premières images de la surface de la planète ne sont obtenues que le 20 octobre 1975 avec Venera 9 qui survit pendant 53 minutes avant de s’éteindre définitivement. Le temps d’émission le plus long a été obtenu avec Venera 13, qui le 1er mars 1982, a tenu 127 minutes au sol. A ce jour, le dernier engin à s’être posé sur Venus est l’atterrisseur de la sonde Vega 2 qui enregistre des données pendant 56 minutes dont une température au sol de 463 degrés et une pression de 91 atmosphères. C’était le 15 juin 1985. Si on les compare à celles des engins martiens, les durées de survie des sondes vénusiennes restent donc extrêmement courtes.

De par sa configuration, le rover AREE prend des allures de char d'assauts

De par sa configuration, le rover AREE prend des allures de char d'assauts

Une technologie d’un autre âge

Le rover Opportunity, avec presque 14 ans à la surface de Mars, est actuellement le plus ancien véhicule de surface encore en service sur un autre monde. Pour Vénus, la situation est un peu particulière. « Venus est trop chaude pour les systèmes complexes d'habitude présents sur un rover martien », explique Jonathan Saunder, ingénieur mécanicien au JPL et responsable de l’étude sur le projet AREE. L’utilisation d’un générateur thermoélectrique à radio-isotopes (RTG) a été envisagée pour refroidir les composants électriques mais elle se révèle trop coûteuse à mettre en œuvre. L’option imaginée par l’Institut des concepts avancés de la NASA (NIAC) fait appel à une technologie d’un autre âge : celle des automates. Avec l’AREE, l’idée maîtresse est de remplacer l'électronique, vulnérable à la chaleur, par un design entièrement mécanique. Avec des alliages capables de résister à de hautes températures, ce type rover, qui a l’aspect d’un char de la Première guerre mondiale, pourrait survivre à la surface de Vénus pendant des semaines, sinon des mois. La solution préconisée par Jonathan Saunder est de récolter l'énergie éolienne à l'aide d'une turbine et l'entrepose dans un ressort de force. Le système permettant le déplacement au sol serait guidé par un système informatique et logique mécanique, programmé pour mener à bien la mission. Il recueillerait des données scientifiques fondamentales telles que la vitesse du vent, la température et les événements sismiques mais sur de longues durées.

AREE, un automate sur Vénus

L’aspect le plus difficile : les communications

La transmission des données en direction de la Terre reste l’aspect le plus difficile à mettre en œuvre. Plusieurs options sont explorées : un transpondeur électronique simple à haute température, une cible rétro-réfléchissante ou bien inscrivant des enregistrements phonographiques à lancer via un ballon à un drone de haute altitude capable de transmettre les données à la Terre. Selon une information du site Wired.com, l’AREE transmettrait 1 Kbits de données par jour quand Curiosity transmet 1 Mb. D'après ses concepteurs, l’AREE n'est pas seulement qu’un nouveau concept de rover, « il se veut un changement de paradigme pour faire de la science in situ dans les environnements extrêmes ». Les véhicules spatiaux traditionnels collectent autant de données que possible avant l'échec du système. « AREE brise cette tendance en explorant ce qui peut être fait avec seulement quelques mesures scientifiques de base, mais enregistré sur de longues périodes de temps », souligne l’étude. Outre Venus, le concept de l’AREE pourrait être utilisé dans d'autres environnements extrêmes du système solaire comme Mercure, les ceintures de radiations joviennes. Actuellement à l’étude, un prototype pourrait être mis sur pied d’ici les trois prochaines années mais aucune date n’est envisagée pour une  éventuelle mission vers Vénus.

Antoine Meunier

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