DÉBUT DE MISE EN PRODUCTION POUR ARIANE 6

La mise en production a débuté pour Ariane 6 (ici la version 64 avec quatre propulseurs)

La mise en production a débuté pour Ariane 6 (ici la version 64 avec quatre propulseurs)

L'annonce a été faite ce lundi par Alain Charmeau, le CEO d'ArianeGroup, lors d'une rencontre avec les journalistes de l'AJPAE*. Une opportunité pour évoquer aussi les évolutions d’Ariane 6 dont le moteur à bas coût Prometheus.

Validée par tous les partenaires, la « maturity gate 6.2 » (revue d’industrialisation) qui s’est déroulée entre le 15 novembre et le 14 décembre marque donc une étape importante. La phase précédente (6.1) avait permis en avril dernier de valider les caractéristiques techniques, industrielles et programmatiques d’Ariane 6. Pour ArianeGroup, le développement du lanceur peut donc se poursuivre au rythme prévu avec l’entrée en production du premier exemplaire - une Ariane 62 (deux propulseurs d’appoint). La nouvelle fusée lourde européenne est désormais attendue pour un tir inaugural dont la date reste toujours programmée au 16 juillet 2020. Parallèlement, une revue ERKP (Exploitation Readyness keypoint) est en cours avec l’ESA pour définir les conditions d’exploitation contractuelles du lanceur dont « les conclusions sont attendues pour le mois de mars prochain », précise Alain Charmeau. L’objectif pour la nouvelle fusée c’est d’arriver à une cadence de douze exemplaires par an en parvenant notamment à réduire les cycles d’intégration. 

Le cycle d'intégration d'Ariane 6 devra être de dix jours contre 30 à Ariane 5

Le cycle d'intégration d'Ariane 6 devra être de dix jours contre 30 à Ariane 5

Importance du marché institutionnel

Ainsi, quand il faut trente jours pour intégrer une Ariane 5, ArianeGroup ambitionne de parvenir à seulement dix jours avec Ariane 6 dont la montée en puissance sera progressive entre 2020 et 2023. Il faut le temps d’utiliser les Ariane 5 restantes. Ainsi en 2020, il n’y aura qu’un tir d’Ariane 6 (une Ariane 62) pour quatre Ariane 5. Ariane 64 devrait suivre en 2021 puisque cinq tirs sont d’ors et déjà et déjà planifiés contre trois Ariane 5. En 2022, le planning prévoit huit lancements et jusqu’à douze à partir de 2023. Objectifs : des prix 40 à 50 % inférieurs à ceux d’Ariane 5. « En fonction d’Ariane 62 ou d’Ariane 64 », déclare le CEO. De plus, pour réussir son arrivée sur le marché, il importe qu’Ariane 6 bénéficie de l’apport du marché institutionnel. « Pour Ariane 6, je ne vois pas de développement purement privé », insiste Alain Charmeau. Les premiers tirs d’Ariane 6 institutionnels, sont les lancements, vers 2020 ou 2021, du dernier quatuor de satellites Galileo à l'aide de deux Ariane 62. Le contrat a été signé en septembre lors de la Business Week d’Euroconsult. Ce qui marque déjà une première étape.

Deux exemplaires du moteur Prometheus sont attendus pour des essais à partir de 2020

Deux exemplaires du moteur Prometheus sont attendus pour des essais à partir de 2020

La réutilisation : pas forcément le « graal »

Parallèlement, ArianeGroup a également signé un autre contrat la semaine dernière, avec le DLR, pour le lancement du satellite de démonstration H2-Sat. Il faut cependant préciser que ce démonstrateur sera lancé par une Ariane 5 en 2022 ou 2023. « Mais c’est un bon présage », indique Alain Charmeau. Autre contrat : celui annoncé la semaine dernière d’un montant de 75 millions d’euros passé avec l’ESA. Il porte sur le développement de deux exemplaires du moteur à bas coût Prometheus, qui fonctionne sur le duo méthane-oxygène liquide. Prévu pour être réutilisable, l’intérêt de ce moteur attendu au banc d’essai en 2020 réside surtout selon Alain Charmeau dans son faible coût (1 million de $). Dans le contexte européen (11/12 tirs par an) plutôt faible en comparaison du contexte américain (22 tirs en 2016), « il n’est pas évident que la réutilisation soit le graal pour être plus compétitif », estime Alain Charmeau. Une solution qui, selon le dirigeant, peut s’avérer être un piège si les cadences sont faibles. Ainsi Space X, compte vingt-trois récupérations et trois réutilisations d'un premier étage de Falcon 9 avec succès. Le prochain tir de Falcon 9, prévu le vendredi 22 décembre pour lancer dix nouveaux satellites d'Iridium Next prévoit une quatrième réutilisation (celle de l'étage employé sur le Falcon 9 qui a lancé les satellites de la mission Iridium Next 2 du 25 juin 2017). Toutefois, une question se pose encore, celle des coûts de remise en état entre deux tirs. Et sur ce point, la réponse reste encore à donner.

Mais avec le futur moteur Prometheus, première brique de l'après Ariane 6, ArianeGroup ne néglige aucune piste.

Antoine Meunier

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