LA LUNE D’ICI 2024 ?

Le vice-président Mike Pence, lors de son allocution devant le National Space Council (crédit : NASA)

Le vice-président Mike Pence, lors de son allocution devant le National Space Council (crédit : NASA)

C’est ce qu’a demandé en début de semaine le vice-président américain Mike Pence à la NASA lors de la cinquième réunion du conseil de l’espace qui s’est tenue au Marshall Space Flight Center (MSFC) de Huntsville en Alabama. Cette perspective, ambitieuse, paraît quand même difficilement atteignable au cours des cinq prochaines années.

Si en 2017, la NASA annonçait viser une fenêtre vers la Lune pour 2028, voilà que la Maison-Blanche demande à présent à son agence spatiale nationale d’avancer le retour sur notre satellite avant même le milieu de la prochaine décennie. Sans doute le président Donald Trump a-t-il été piqué dans sa fibre patriotique, après le parfait alunissage réussi de la sonde chinoise Chang’E 4 sur la face cachée de la Lune le 3 janvier de cette année. Mais est-il techniquement et humainement faisable de vouloir avancer un retour sur la Lune ? D’autant que Jim Bridenstine, l’administrateur de la NASA, l’a annoncé la semaine dernière lors d’une audition devant le sénat, le Space Launch System (SLS), la fusée qui doit assurer la succession de la navette spatiale, ne pourra être prête l’an prochain comme initialement prévu. Mais le vice-président envisage toutes les options possibles pour que la bannière étoilée puisse à nouveau flotter sur le sol sélène. «Si les fusées privés sont la seule façon de ramener des astronautes américains sur la Lune dans 5 ans, alors ce seront des fusées privés », a déclaré Mike Pence. Pour parvenir à son objectif, l’agence spatiale américaine devra donc user de tous les moyens possibles y compris avec les industriels privés. Le problème, c’est qu’il n’y a pour le moment aucune fusée susceptible d’envoyer un train spatial complet, comme le faisait autrefois le lanceur Saturn V avec le module Apollo et le LM, vers la Lune. C’est une mission qui doit normalement revenir au SLS.

Après l'intervention du vice-président, Jim Bridenstine l'a assuré, le développement du SLS va s'accélérer (crédit : NASA)

Après l'intervention du vice-président, Jim Bridenstine l'a assuré, le développement du SLS va s'accélérer (crédit : NASA)

Un calcul politique

Ce dernier est en effet présenté comme l’atout indispensable pour résoudre cette équation. SLS doit également permettre d’acheminer les éléments de la station Lunar Orbital Platform Gateway (LOP-G). Sa capacité de mise en orbite autour de la Terre se rapproche d’ailleurs de celle de Saturn V (environ 130 t). Ce gigantesque lanceur peut envoyer vers la Lune jusqu’à 45 tonnes de charge utile (version Block 2), ce qui correspond là aussi plus ou moins aux performances de Saturn V. A ce jour, les fusées disponibles les plus puissantes sont la Delta IV Heavy de United Launch Alliance (ULA) et la Falcon Heavy de Space X. Cependant, leurs performances ne permettent pas d’expédier un train spatial complet vers la Lune. Cela nécessiterait au moins deux lancements pour d’une part placer en orbite basse terrestre un véhicule destiné à arriver jusqu’à la Lune, et d’autre part un étage supérieur permettant justement de s’affranchir de l’attraction terrestre. Autre problème de taille, la NASA ne dispose plus non plus d’un véhicule permettant de se poser à la surface de la Lune. Un dispositif qui demande quand même quelques années de préparation. Il a ainsi fallu six ans et demi pour mettre au point le LM d’Apollo. Pourtant, le message adressé par le vice-président a été très clair : « la première femme et le prochain homme sur la Lune seront des astronautes américains lancés par des fusées américaines depuis le sol américain ». Un discours qui nous ramène au temps de la Guerre Froide quand les Etats-Unis luttaient face à l’URSS pour poser en premier un homme sur la Lune. D’autant que le vice-président l’a clairement indiqué, la NASA doit arriver sur la Lune d’ici cinq ans. « Cela nous a pris huit ans pour aller sur la Lune la première fois, il y a cinquante ans alors que nous ne l’avions jamais fait. Cela ne devrait pas nous prendre onze ans pour y retourner », a déclaré Mike Pence. Du coût, l'administrateur de la NASA a du se fendre d'un communiqué pour assurer que le message avait été "bien reçu". Le développement du SLS se poursuit et devrait s'accélérer. Mais vouloir retourner sur la Lune d’ici 2024 obéit également à un calcul politique important. En effet, dans l’hypothèse ou Donald Trump serait réélu à la Maison-Blanche fin 2020, 2024 correspondrait à la fin de son second mandat.

Pour accélérer le retour vers la Lune, la NASA doit se désengager de l'ISS

Pour accélérer le retour vers la Lune, la NASA doit se désengager de l'ISS

Et l’ISS ?

Techniquement, le complexe orbital est certifié pour tenir jusqu’en 2028, ce qui correspond à la durée de vie des modules (trente ans). Mais la NASA ne dispose pas d’un budget qui lui permet d’opérer simultanément deux programmes de vols habités. L’an dernier, la NASA annonçait vouloir se désengager vers 2024 de l’ISS. « Le désengagement devrait se faire de manière graduelle, explique une source de l’agence française CNES, afin de permettre une hausse des ressources dans le programme de retour lunaire ». Ce qui n’est malheureusement pas aussi évident que cela. Le budget alloué à l’espace passe par un vote devant le congrès. Certains parlementaires, à l’image du Sénateur démocrate Ted Cruz qui a fait passer un amendement en juillet 2018 (Space Frontier Act of 2018) pour que les opérations de l’ISS s’étendent jusqu’en 2030. Amendement approuvé par le Sénat mais rejeté par la chambre des députés. En septembre, c’est le député républicain Brian Babin qui a, à son tour, tenté de faire passer le Leading Human Spaceflight act pour une poursuite de l’ISS jusqu’en 2030. Mais la loi n’a pas été approuvé par la Chambre des Représentants. S'il y a présent une volonté présidentielle américaine de retourner sur notre satellite, la perspective ne fait, politiquement, pas encore complètement l'unanimité.

Antoine Meunier

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