VOL HABITÉ : LE RENOUVEAU LUNAIRE

Les chefs des grandes agences spatiales mondiales discutent de l'exploration habitée lors du SIAE 2019

Les chefs des grandes agences spatiales mondiales discutent de l'exploration habitée lors du SIAE 2019

L’exploration habitée devrait prendre une nouvelle direction au cours de la prochaine décennie avec un retour humain sur notre satellite. La feuille de route de la NASA est clair : un homme et une femme à la surface de la Lune dans le du programme Artemis. Jim Bridenstine, le patron de l’administration spatiale américaine s’en est exprimé au cours du 53èmeSalon du Bourget lors d’une table ronde du CNES réunissant 11 chefs d’agences spatiales.

C’est un calendrier particulièrement serré qui attend la NASA. Déposer un équipage  sur la Lune avant la fin de la première moitié de la prochaine décennie soit dans les cinq ans qui viennent. Un programme qui obéit à la Space Directive 1. Il s’agit de « diriger un programme d'exploration innovant et durable avec des partenaires commerciaux et internationaux afin de permettre l'expansion humaine à travers le système solaire... ». La directive contient trois points importants puisqu’il y est indiqué que si l’exploration humaine commence par des missions en orbite terrestre basse (ce qui est déjà fait) « les États-Unis dirigeront le retour des humains sur la Lune pour une exploration et une utilisation à long terme avant des missions humaines vers Mars et d’autres destinations ». Mais si les Etats-Unis y sont allés seuls dans les années 60, le patron de la NASA a bien conscience qu’une entreprise aussi importante que le voyage vers la Lune ne peut aujourd’hui plus se faire sans l’aide des partenaires internationaux. « Cette fois-ci nous voulons emmener le monde avec nous »s’enthousiasme Jim Bridenstine. C’est en partie le cas puisqu’Orion, le vaisseau qui doit permettre de rejoindre la Lune d’ici 2023, est propulsé par un module de service européen (ESM) basé sur celui de feu le vaisseau de ravitaillement ATV. En fait, la collaboration se poursuit puisque la fourniture du module de service permet à l’Europe de se garantir des places pour ses astronautes. Thomas Pesquet l’a d’ailleurs rappelé au cours de la première journée du SIAE, son 2ndvol en direction de l’ISS pourrait se faire soit à bord d’une capsule Dragon V2 (Space X) soit à bord d’une CST-100 Starliner (Boeing). La date de cette nouvelle mission de l’astronaute français pourrait intervenir début 2021.

Le module propulsif du vaisseau Orion est basé sur celui du vaisseau cargo ATV (Crédit : NASA).

Le module propulsif du vaisseau Orion est basé sur celui du vaisseau cargo ATV (Crédit : NASA).

Génération Artémis

En termes de collaboration, la NASA escompte bien que les partenaires actuels de l’ISS s’engagent sur le nouveau projet, en l’occurrence celui de la Deep Space Gateway (DSG) dont le premier module doit être lancé vers 2022. Le futur remplaçant du vaisseau russe Soyouz, le Fédération, pourrait ainsi être amené à desservir la station. Parmi les autres collaborations envisagées sur la nouvelle station figure le module ESPRIT (prévu pour le stockage des ergols) qui sera développé par l’industrie.  Pour les participants de cette table ronde, le mot collaboration reste d’ailleurs le dénominateur commun de la politique spatiale internationale. Cependant, si « La compétition est un moteur mais c’est aussi un catalyseur », déclare pour sa part Jan Worner, le DG de l’ESA. La Deep Space Gateway est un projet de station spatiale destiné à être placé en orbite autour d’un point de Lagrange. Mais la mise en place de la « Gateway » pose tout de même un problème car la NASA n’a pas les moyens d’assurer à la fois le maintien à poste d’une infrastructure aussi lourde que l’ISS (entre 3 et 4 mds $ de coût d’entretien par an) et la mise en chantier d’une deuxième station. Toutefois, le patron de la NASA assure que l’agence dispose des ressources pour cette nouvelle station et que « rien ne change »pour l’ISS sans toutefois donner de détails. Celle-ci ne devrait plus bénéficier de financement public  à partir de 2025. Toutefois, le directeur de l’agence indique également que concernant l’orbite basse, la NASA doit devenir un client de l’ISS. Depuis le 7 juin, l’administration spatiale a annoncé ouvrir le complexe orbital aux passagers privés. Prix moyen du ticket pour un séjour d’un mois : 58 millions de dollars. En 2001, Dennis Tito avait passé une semaine sur l’ISS moyennant un versement de vingt millions de dollars. L’objectif c’est maintenantMais Jim Bridenstine l’assure, il s’agit d’y aller à long terme. Pas question de refaire Apollo. « Nous aimons tous Apollo mais maintenant, c’est le tour de la génération Artémis. Cette fois, nous allons rester », martèle l’administrateur. Celui-ci a même annoncé la couleur puisqu’il indique que la future station pourra rester à poste pendant quinze ans. Le coût estimé tournerait entre 20 et 30 milliards de dollars.

Et la Chine dans tout cela ? Et bien l’Empire du Milieu doit commencer la mise sur orbite basse de sa propre station (Tiangong 3) à partir de 2022. Une station dans laquelle l’agence spatiale chinoise (CNSA) invite elle aussi les partenaires internationaux à prendre part. Une collaboration déjà entamée de longue date et plus récemment ce sont les Pays-Bas, l’Allemagne, la Suède et les Emirats Arabes Unis unis qui ont fourni différents équipements de la sonde lunaire Chang’E-4. Pour sa part, la France a signé un accord avec la Chine en 2018 pour participer à la mission Chang’E-6 (2023-2024). La suite logique, ce serait le vol habité mais à une échéance qui n'est pas encore déterminée.

Antoine Meunier

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