EXPLORATION LUNAIRE : LA PLACE DE L’EUROPE

Moon Cruiser, peut-être le cargo qui ravitaillera peut-être la Deep Space Gateway au cours de la prochaine décennie (Image : Airbus)

Moon Cruiser, peut-être le cargo qui ravitaillera peut-être la Deep Space Gateway au cours de la prochaine décennie (Image : Airbus)

La Lune et le retour vers la Lune auront été les thèmes dominants de ce 70ème Congrès de l’IAF qui s’est achevé vendredi. Deux sujets sur lesquels l’Europe semble difficilement trouver sa place au risque une nouvelle fois de voir son rang dans le domaine de l’exploration diminuer face à l’hégémonie américaine.

Le vice-président américain Mike Pence a été clair dans son allocution lors de l'ouverture du congrès le 21 octobre dernier, face aux délégués de l’IAF présents : « sous la direction de Donald Trump, l’Amérique est une fois de plus en tête dans l’espace ». Un discours aux accents nationalistes puisque le numéro 2 de l’exécutif américain, qui préside également le National Space Council (NSC), n’a pas fait grand cas de la présence des partenaires internationaux de la NASA. Tout juste s’est-il borné à dire que « Les Etats-Unis sont prêts à travailler en collaboration avec les pays épris de liberté pour l’exploration de l’Espace ». On regrettera la nature politique du propos dans un forum international qui fait la promotion d’un usage pacifique et mondial de l’espace. La plupart des observateurs présents ont d'ailleurs noté l’absence parfaitement incompréhensible de responsables de l’agence spatiale chinoise (CNSA) dont Pascale Erhenfreund, nouvelle présidente de l’IAF, a pudiquement évoqué « un problème d’agenda »… 

Mais la position de Mike Pence a été quelque peu tempérée par l’administrateur de la NASA qui rappelle le rôle des partenaires européens notamment dans le développement du module de propulsion de la caspule interplanétaire Orion (ESM). Car le vieux continent jouera un rôle dans ce nouveau chapitre de l’exploration lunaire qui se dessine pour la prochaine décennie. Mais face au renouveau lunaire qui se précise, il ne s’agira malheureusement pas de lancer des astronautes depuis la base de Kourou, bien que l’industrie l’appelle de ses vœux depuis maintenant environ deux ans. Selon différentes sources, la réalisation d’un véhicule habité 100 % « Made in Europe », pourrait demander un investissement tournant aux environs de sept milliards d’euros (à titre de comparaison, le programme du véhicule Oriona déjà coûté près de 16 milliards de dollars entre 2006 et 2018). « C’est un point qui ne passe pas », admet un parlementaire français présent à l’IAC, les politiques souhaitant un retour sur investissement rapide, ce qui n’est pas le cas avec les vols habités.  L'industrie pourrait cependant militer pour cela lors de la ministérielle de 2022. Un point qui a été précisé par Stéphane Israël.

Le Moon Cruiser d'Airbus, un descendant du cargo-ravitailleur ATV (Crédit image : Airbus)

Le Moon Cruiser d'Airbus, un descendant du cargo-ravitailleur ATV (Crédit image : Airbus)

Moon Cruiser, l’héritier de l’ATV

Malgré tout, l’Europe dispose des « briques » qui peuvent lui permettre de lancer un jour des hommes dans l’espace grâce notamment à l’expérience acquise avec la capsule ARD, l’IXV, l’ATV et bien entendu les lanceurs avec Ariane 5 et prochainement Ariane 6. En matière d’exploration lunaire, « Ariane 6 sera adaptée pour emporter des charges utiles vers la Lune », ajoute le patron d'Arianespace. Disposant d’une capacité de 8,5 tonnes sur injection translunaire, le nouveau lanceur lourd européen devrait être capable de réaliser une mission partagée vers la Lune à partir de 2023. Une date qui correspond d’ailleurs à la fin de la période de transition prévue pour le passage d’Ariane 5 à Ariane 6. Parmi ces missions évoquées figurent notamment l’European Large Logistic Lander (E3L). Il s’agit d’un atterrisseur lunaire logistique capable de déposer jusqu’à 1,5 t de fret sur la surface de notre satellite. Il pourrait également disposer une astromobile, pilotable depuis la Gateway, à la surface de Lune. L’ESA envisage également un véhicule de ravitaillement destiné à la station Deep Space Gateway et qui serait une évolution naturelle du cargo ATV qui a accosté par cinq fois l’ISS entre 2008 et 2014. Son nom : le Moon Cruiser. Etudié par Airbus, ce vaisseau pourrait assurer à la fois le déploiement de la station Gateway ainsi que des missions de ravitaillement (fret et carburant) du futur avant-poste humain autour de la Lune. L’Europe, qui devrait fournir les modules HALO (Habitation And Logistics Outpost) et Esprit (European System Providing Refuelling, Infrastructure and Telecommunications), sera peut-être obligée de réaliser un choix dans la réalisation de l'E3L ou bien de celle du Moon Cruiser.

L'E3L pourrait également déployer un rêver télémanipulable par les astronautes installés en orbite à bord de la station Gateway (Image : ESA/ATG-Medialab)

L'E3L pourrait également déployer un rêver télémanipulable par les astronautes installés en orbite à bord de la station Gateway (Image : ESA/ATG-Medialab)

Participation européenne

Mais avant la Lune, l’Europe doit encore finaliser le reste du financement du troisième module de service d’Orion (ESM). Ce qui devrait être fait lors de la conférence ministérielle des états membres de l'ESA à Séville les 27 et 28 novembre prochain, au cours de laquelle Il s’agira également de voter un quatrième ESM et de préparer les approvisionnements financiers pour les ESM 5 et 6 envisagés pour les missions Artemis 4 à 6. Ceux-ci devraient servir à couvrir la participation européenne dans l’ISS (qui représente 8,3%) jusqu’en 2024. Celle-ci n’étant pour le moment assurée que jusqu’en milieu d'année prochaine grâce aux ESM numéro 1 et numéro 2.

Antoine Meunier

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