SPACERIDER, FUTUR X-37B DE L’EUROPE

Prévu pour un vol inaugural début 2022, le SpaceRider est le cousin du X-37B américain (Image : ESA).

Prévu pour un vol inaugural début 2022, le SpaceRider est le cousin du X-37B américain (Image : ESA).

Le 27 octobre dernier, l'avion orbital X-37B de l'US Air Force est revenu sur Terre après plus de deux ans passés en orbite autour de la Terre. Une cinquième mission qui demeure toute aussi secrète et mystérieuse que les quatre précédentes. En Europe, l’équivalent s’appelle SpaceRider. Il fait partie des nombreux dossiers du spatial européen qui devraient être discutés à Séville lors de la conférence ministérielle de l’ESA les 27 et 28 novembre.

En Europe, la première étape vers un équivalent du X-37B s’appelle l’IXV (Intermediate Xperimental Vehicle). Lancé par une fusée Vega (VV04) le 11 février 2015, ce corps portant d’une masse de 1,8 t a accompli un tour complet de la Terre en vol suborbital. A l'issue de ses 99 minutes de vol, qui l’ont emmenés jusqu’à 450 km d’altitude à une vitesse de 27 000 km/h, ce véhicule a amerri sans encombre au large des côtes chiliennes. Si l’IXV a été récupéré, il n’était toutefois pas prévu de le réutiliser. C’est cependant ce qui est prévu avec son successeur le SpaceRider. A l’instar de son homologue le X-37B, ce véhicule qui reprend le dessin de l’IXV, doit être lancée par une fusée Vega-C en 2022. Plus lourd que son prédécesseur, SpaceRider accuse une masse totale au lancement de 3 tonnes dont 800 kg de charge utile pouvant être contenu dans un volume de 1,2 m3 et le carburant pour le module de rentrée. Il fonctionne sur la base d’un mélange UDMH-Tétroxyde d’azote. Il possède un module de service qui est en fait le dernier étage de Vega-C : le module de propulsion AVUM modifié pour l’occasion : version AVUM+ALEK (AVUM Life Extension Kit). Il dispose d’un système radio en bande S pour la poursuite et le guidage. Sa mission type prévoit une altitude de croisière à 400 km et à 5 degrés d’inclinaison bien qu’une altitude et une inclinaison supérieures soient envisageables. A titre de comparaison, le X-37B évolue sur une orbite moyenne de 340 km et 42,9 degrés mais il peut atteindre théoriquement jusqu’à 1100 km de hauteur.

Le SpaceRider disposera d'un module de service basé sur l'étage AVUM de Vega-C (Photo : Antoine Meunier

Le SpaceRider disposera d'un module de service basé sur l'étage AVUM de Vega-C (Photo : Antoine Meunier

Nouvelle capacité d’accès à l’espace

Prévu pour revenir au sol suspendu à un parafoil dérivé de celui du X-38, le SpaceRider, dont le maître d’œuvre est Thales Alenia Space pourrait être utilisable jusqu’à six fois avec des délais de remise en œuvre inférieurs à six mois entre chacune de ses missions d’une durée minium de deux mois. L’intérêt d’une telle capacité est de transporter de petites charges utiles pour environ 40 000 $/kg. Il serait ainsi possible de déployer des smallsats et cubesats sur orbite circulaire à 400 kilomètres d’altitude. Dans la perspective de missions scientifiques, la société italienne Argotec commercialise les services de SpaceRider via le site www.flyonspacerider.com. Il serait possible de déployer des satellites récupérables. Par ailleurs, outre le test de nouvelles technologies, la réalisation d’expériences en microgravité ou d’exposition aux radiations ou bien encore des vols d’observation de la Terre, le SpaceRider pourrait également servir pour des missions militaires. Alors qu’un commandement de l’espace vient récemment d’être créé, le général Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’armée de l’Air, estime que « la question d’un drone comme le X-37B sera certainement abordé un jour » selon une information du site opex360.com. Certains experts imaginent même une « flotte » qui pourrait être lancée en cas de situation de crise. S’il est prévu d’utiliser la fusée Vega-C comme vecteur de lancement, il serait même possible d’en installer jusqu’à sept sous la coiffe d’une Ariane 6.

Dans l’immédiat, le programme du SpaceRider doit passer une revue de définition critique (CDR) à la fin de l’année. Quoi qu’il en soit, la maîtrise d’un véhicule comme le SpaceRider donnerait à l’Europe une indépendance supplémentaire dans sa maîtrise de l’accès à l’espace.

Antoine Meunier

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