LANCEMENT RÉUSSI POUR LA MISSION STARLINK-1

Le 1er étage du Falcon 9 de cette mission Starlink 1 a réussi ce jour sa 4ème utilisation (Photo : Space X).

Le 1er étage du Falcon 9 de cette mission Starlink 1 a réussi ce jour sa 4ème utilisation (Photo : Space X).

Space X a procédé hier au lancement d’une nouvelle grappe de 60 satellites de sa constellation qui vise à fournir une couverture mondiale de l’Internet avec l’installation en orbite de 12 000 satellites. Les premiers services doivent être commercialisés au Canada et aux Etats-Unis à partir de l’an prochain.

Starlink c’est quoi au juste ? C’est un projet d’accès mondial à Internet proposé par Space X et qui repose sur le déploiement de 12 000 satellites positionnés sur orbite basse (LEO) tout autour de la Terre. En février 2018, deux prototypes (Tintin A et Tintin B) ont été lancés afin de valider les techniques mises en œuvre et de réaliser les démonstrations exigées par l’autorité américaine de régulation des communications (FCC). Le 24 mai dernier, une première grappe de 60 satellites a été lancée depuis le Space Launch Complex 40 (SLC-40) de Cap Canaveral. Les 60 petits satellites, qui représentent une masse au lancement de 13620 kg, ont été installés entre 440 et 550 km d’altitude avec une inclinaison de 53 degrés. D’une masse de 227 kg par unité, ils n'étaient pas opérationnels car ils ne disposaient pas d'une liaison inter satellites (nécessaires pour le fonctionnement du réseau Internet). Leur rôle est notamment d’identifier les éventuels problèmes de conception. Embarquant les premiers satellites opérationnels, cette nouvelle mission Starlink (Starlink-1), qui a décollé hier depuis le SLC-40, réutilise le premier étage de Falcon 9 ayant préalablement servi pour les missions Iridium Next 7 (25/07/18) et SAOCOM 1A (8/10/18), de même le satellite Nusantara Satu. La coiffe, a, quant à elle, été utilisée pour le lancement du satellite ArabSat 6A lors du second tir de la fusée Falcon Heavy le 11 avril 2019. Le lancement a eu lieu comme prévu à 9h56, heure de Floride, et le premier étage du Falcon 9 s’est correctement posé sur la barge « Of Course I still love you », huit minutes et vingt-six secondes plus tard. C’est donc la quatrième fois que cet étage est utilisé avec succès. Rappelons que Space X prévoit jusqu’à dix réutilisations. Nous n’en sommes donc pas tout à fait à la moitié du chemin. Prévue pour être également récupérée, la coiffe de la fusée connaissait sa seconde utilisation. Ce qui constitue une première pour Space X. Une mission sans histoire serait-on tentée de dire puisque la charge utile a été correctement larguée soixante et une minutes plus tard (il semblerait toutefois que l’un des satellites aient été hors service avant même le lancement). Précisons que les satellites de ce nouveau lancement sont un peu plus lourd (260 kg par unité) et dispose d'un émetteur en bande Ka. D’ici la fin de l’année, le calendrier de lancements est bien chargé puisque Space X prévoit encore sept tirs parmi lesquels figurent encore deux missions Starlink : Starlink-2 fin novembre et Starlink-3 en décembre. Si les choses se poursuivent normalement, il y aura donc 240 satellites de la constellation placés en orbite autour de la Terre avant le 31 décembre prochain.

Séparation réussie pour la charge utile de 60 satellites Starlink au bout de 61 minutes de vol (Image : capture d'écran SpaceX)

Séparation réussie pour la charge utile de 60 satellites Starlink au bout de 61 minutes de vol (Image : capture d'écran SpaceX)

Début des services ?

Pour la commercialisation des services haut débit de Starlink - jusqu’à 1gb grâce à un temps de latence réduit par rapport aux satellites géostationnaires classiques (15 à 35 ms contre 600 ms) -, il faudra attendre au moins jusqu'à l'an prochain pour le Canada et les Etats-Unis. Selon Space X, 420 satellites lancés sont nécessaires pour démarrer une couverture Internet mineure de la Terre et jusqu'à 780 des 1600 premiers satellites pour une "couverture moyenne". L’objectif serait d’avoir, d’ici 2025, 40 millions d’abonnés aux services de Starlink pour générer un chiffre d’affaire de 30 milliards de dollars par an. Rappelons que pour fournir des services haut débit, la constellation nécessite d’avoir des satellites installés sur trois niveaux d’orbite d’ici à 2027. Ainsi, 1600 doivent évoluer à 550 km d’altitude, 2800 sur les bandes Ka (12 à 40 GHz) et Ku doivent être installés à 1150 km d’altitude et 7518 à 340 km sur la bande V. Située entre 40 et 75 GHz, cette bande présente toutefois un inconvénient : sa sensibilité à la météo. Par ailleurs, et selon une information du site Aerospatium, les licences d’autorisation d’utilisation des fréquences, délivrées par la commission fédérale des communications (FCC, l’autorité américaine de régulations des communications), imposent des lancements pour la moitié des satellites en bande Ka et Ku avant mars 2024 et dans les trois années qui suivent pour la moitié suivante. Idem pour les satellites en bande V. La moitié devra être déployée avant le 15 novembre 2024 et l’autre moitié avant la mi novembre 2027.

Les satellites de cette mission Starlink-1 pèsent 260 kg par unité et sont équipés d'un émetteur en bande Ka (Photo : Space X).

Les satellites de cette mission Starlink-1 pèsent 260 kg par unité et sont équipés d'un émetteur en bande Ka (Photo : Space X).

Risques en orbite

Mais Space X escompte bien agrandir Starlink. Début octobre, une demande a été faite par la firme de Hawthorne auprès de la FCC pour réserver des fréquences supplémentaires pour 30 000 satellites complémentaires. Cela pourrait donc porter un jour le nombre de satellites à 42 000. A titre de comparaison, Kuiper d’Amazon et OneWeb ne comporteraient « que » respectivement 3250 et 650 satellites. L’apparition des méga constellations n’est bien évidemment pas sans poser des problèmes pour le trafic en orbite, sans parler des risques que cela serait susceptible d’engendrer pour les structures habitées comme l’ISS ou encore la future station spatiale chinoise attendue à partir de 2022. Les risques de collision sont bien réels et il y a d’ailleurs au moins un précédent. Le 10 février 2009, le satellite de télécommunications Kosmos 225 est entré en collision avec Iridium-33 à 776 km d’altitude au-dessus de la péninsule de Taïmyr en Sibérie. L’impact aurait produit un champ d’environ 600 débris. En 2013, Sentinel 1A avait du manœuvrer pour éviter le satellite scientifique  américain ACRIMSAT. Plus récemment, c’est Aeolus, de l’ESA, qui a du manœuvrer pour éviter justement un satellite Starlink. Face au nombre pharaonique d'objets orbitaux et au problème des débris, Space X a clarifié sa position sur le sujet en 2017 auprès de la FCC. La société a indiqué à l'époque qu’elle mettra en œuvre un plan pour désorbiter les satellites en fin de vie opérationnelle (cinq à sept ans) dans un délai de un à cinq ans* qui suit la fin de leur mission. L'idée est d'avoir un standard supérieur à celui de la NASA qui veut que 90 % des satellites soient désorbités une fois leur mission terminée. L’agence spatiale américaine estime en effet que, compte tenu de la taille escomptée de son dispositif, et pour ne pas non plus perturber le fonctionnement des autres constellations, Space X devra appliquer des normes de sécurité encore plus strictes que celles que l'agence s’impose à elle-même pour ses propres missions.

Antoine Meunier

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