LA CHINE À LA CONQUÊTE DE MARS

La fenêtre de lancement de Huoxing-1, ici sur son portique d'essais, débute fin juillet 2020 (Photo : CNSA)

La fenêtre de lancement de Huoxing-1, ici sur son portique d'essais, débute fin juillet 2020 (Photo : CNSA)

Parmi les différentes destinations envisagées, le programme chinois d'exploration du système solaire planifie en 2020 un départ vers la planète rouge avec la mission Huoxing-1. Prévue pour un lancement au mois de juillet, la sonde a réalisé un test d’atterrissage le 14 novembre dernier.

Les velléités d’exploration martienne ne sont pas une chose nouvelle pour la Chine. En 2009, l’Empire du Soleil avait embarqué son petit orbiteur de 110 kg Yunghuo-1 (luciole en mandarin) à bord de Phobos-Grunt, dans le cadre d'un partenariat avec la Russie. Celui-ci connut un sort funeste à la suite du crash de la sonde russe le 15 janvier 2012. Mais ce fut aussi le déclencheur qui incita la Chine à s'engager seule en direction de Mars. Huoxing-1, ou HX-1 en abrégé, c’est une sonde spatiale d’une masse totale de cinq tonnes qui comporte un orbiteur (3,1 t) et un module de descente, dont la silhouette évoque la sonde américaine Insight, actuellement à pied d’œuvre sur la planète rouge. Ce lander doit déposer en surface un petit rover de 240 kg qui s’inspire des « Yutu » lunaires. Deux sites d’atterrissage sont actuellement retenus. Il s’agit de Chryse Planitia, qui a servi en 1976 pour Viking 1 et en 1997 pour Mars Pathfinder. Isidis Planitia est également envisagé. Cette région de Mars doit également servir de zone d’atterrissage pour la sonde américaine Mars 2020 qui doit décoller à la même période que Huoxing-1. Afin de réussir ce premier atterrissage, les ingénieurs chinois prévoient un système de parachutes et de rétrofreinage. Le 14 novembre dernier, les responsables de la CNSA ont ainsi procédé à un test du dispositif sur les installations de l’administration spatiale localisées dans la province du Hebei dans l'est du pays. 70 invités étrangers, dont l’ambassadeur de France, ont assisté à la démonstration. Cet essai avait notamment pour but de vérifier le bon fonctionnement des capacités de vol stationnaire, d’évitement d’obstacles ou encore de décélération du module de descente.

La sonde, ici empaquetée dans sa coque de protection, doit se poser sur Mars en avril 2021 (CASC)

La sonde, ici empaquetée dans sa coque de protection, doit se poser sur Mars en avril 2021 (CASC)

Recherche de la vie

Les objectifs prioritaires de Huoxing-1 sont de tenter de découvrir de possibles traces de vie, (ou alors des fossiles de traces de vie), qui pourraient encore subsister dans le sol ou bien le sous-sol martien. L’orbiteur et le rover devraient mener des investigations conjointes en réalisant une cartographie qui doit notamment permettre de déterminer les caractéristiques du sol ou encore rechercher des signatures biologiques et des molécules organiques. La charge utile de cette mission comporte une douzaine d'instruments scientifiques, répartis à égalité sur les deux véhicules, parmi lesquels une caméra haute résolution (HRC), capable de filmer des détails de 2 m à 400 km d’altitude. Sur le rover doit être installé un radar dont le spectre de fréquences doit permettre de sonder le sol jusqu’à une profondeur de 100 m. La durée de la mission doit s’étaler sur une année terrestre pour l’orbiteur et 90 jours martiens (sols) pour le rover.

Pour envoyer la sonde Huoxing-1 vers Mars, la fusée LM-5 doit absolument réussir son retour en vol du mois de décembre. Ici le lanceur lors de la préparation pour le tir inaugural de novembre 2016 (Crédit : China.org)

Pour envoyer la sonde Huoxing-1 vers Mars, la fusée LM-5 doit absolument réussir son retour en vol du mois de décembre. Ici le lanceur lors de la préparation pour le tir inaugural de novembre 2016 (Crédit : China.org)

Une inconnue : la fusée Longue Marche 5

Huoxing-1 doit en effet utiliser le nouveau lanceur lourd chinois pour se catapulter en direction de Mars. Hors, celui-ci est cloué au sol depuis le 2 juillet 2017 à la suite de l’échec de mise sur orbite géostationnaire du satcom SJ-18 lors du second tir de la LM-5. La défaillance est connue : elle s'est produite sur la turbopompe de l’un des moteurs YF-77 du premier étage au cours de l'ascension de la fusée. Un troisième lancement est maintenant programmé pour intervenir au cours du mois de décembre. Pour l’administration spatiale chinoise (CNSA), "l'échec n'est pas une option" car de nombreuses charges utiles dépendent de Longue Marche 5. Il est notamment prévu de placer en orbite avec ce lanceur le successeur de l’actuel vaisseau habité Shenzhou pour une mission d'essais en automatique. La nouvelle capsule qui doit un jour emmener les taïkonautes dans l'espace n’a pour le moment pas encore de nom. Avec Longue Marche 5, il est également planifié de réaliser l’alunissage (pas avant fin 2020) de la sonde lunaire Chang’E-5 qui doit effectuer un retour d’échantillons depuis le sol sélène. Idem pour la station spatiale chinoise Tiangong-1 dont le premier module ne sera maintenant pas lancé avant 2021. Cependant  si tout se déroule comme prévu, si la fiabilité du lanceur est au rendez-vous alors le lancement de la sonde martienne Huoxing-1 devrait normalement avoir lieu à partir du 23 juillet prochain. L'arrivée sur le sol de la planète rouge est planifiée en avril 2021. Une mission qui pourrait être un prélude pour être suivie, à plus longue échéance, un retour d'échantillons de Mars. Mais il s'agit là d'une autre histoire qui ne devrait pas intervenir avant 2030...

Antoine Meunier

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