LES ASTRONAUTES INDIENS DE RETOUR À L’ENTRAINEMENT EN RUSSIE

Photo twittée par Roscosmos montrant un cosmonaute indien à l'entrainement vêtu d'un scaphandre Orlan avec le drapeau indien (Photo : compte twitter Roscosmos).

Photo twittée par Roscosmos montrant un cosmonaute indien à l'entrainement vêtu d'un scaphandre Orlan avec le drapeau indien (Photo : compte twitter Roscosmos).

Alors que la NASA se prépare à renouer avec les vols habités depuis le sol américain dans quelques jours maintenant, l’Isro entend elle aussi concrétiser la première mission pilotée de son vaisseau Gaganyaan peut-être d’ici la fin de l’année prochaine ou dans les premiers mois de 2022. Les 4 possibles candidats à cette future grande première ont récemment repris leur entrainement théorique en Russie le 12 mai.

A la suite d’un accord signé entre Glavcosmos, filiale de Roscomos, et l’ISRO le 27 juin 2019, l’armée de l’air indienne (IAF) a choisi 7 de ses pilotes parmi une sélection initiale de 12 candidats pour les envoyer en Russie s’entrainer à toutes les subtilités du vol spatial. Un process de sélection qui était encore loin d’être terminé puisqu’ils ne sont désormais plus que 4 pour la première mission habitée du vaisseau Gaganyaan (vaisseau du ciel en sanskrit) qui est envisagée au plus tôt pour la fin de l’année 2021. Depuis le 10 février, les 4 derniers candidats retenus ont débuté à Moscou un entrainement au centre spatial Gagarine (GCTC). Mais ils ont dû s’interrompre à la suite des mesures liées à la pandémie de Covid-19. L’agence spatiale russe Roscomos indique que des mesures sanitaires sont appliquées pour lutter contre l’épidémie (port de masques et de gants, distanciation physique) et que "les cosmonautes sont en bonne santé". Le cursus suivi par les 4 « gaganauts » comporte notamment des cours théoriques sur la navigation spatiale, l’apprentissage du contrôle des engins habités et bien sur des modules de formation à la langue de Tolstoï. Outre Roscomos, le CNES apporte également son expertise à l'ISRO.

Récupération de la capsule CARE le 13 février 2014 après un vol suborbital qui a culminé à un peu plus de 125 km d'altitude (Photo : ISRO).

Récupération de la capsule CARE le 13 février 2014 après un vol suborbital qui a culminé à un peu plus de 125 km d'altitude (Photo : ISRO).

Une place importante dans le programme spatial

La volonté indienne de lancer un homme dans l’espace n’est pas nouvelle puisque les premières études de l'agence spatiale indienne sur le sujet ont démarré en 2006. L’exploration, au sens large du terme, occupe d'ailleurs une place importante dans les ambitions spatiales du Sous-Continent. Rappelons que l’ISRO a envoyé deux sondes vers la Lune et une vers Mars. Chandrayan 1 s’est mise sur orbite lunaire en 2008 et Chandrayaan 2 a suivi l’année dernière. Elle emportait également l’alunisseur Vikram, malheureusement écrasé le 6 septembre dernier. Cinq ans plus tôt, le 24 septembre 2014, le vaisseau Mangalyaan se plaçait quant à lui avec succès en orbite martienne. Dans la perspective d’une mission habitée  qui soit pleinement nationale, des essais importants ont été réalisés depuis ces dernières années. Parmi eux figure celui effectué le 13 février 2014. La capsule de 3,7 t Crew Atmospheric Rentry Experiment (CARE), ou expérience de rentrée atmosphérique de module d’équipage, effectue un vol suborbital avant d'être récupérée. La capsule a encaissé une décélération de 13 G et le bouclier thermique des températures proches des 1000°C. Le 5 juillet 2018, une tour de sauvetage est expérimentée et arrache du sol une maquette de vaisseau habitée de 12 t. Faire du vol habité nécessite aussi de disposer des infrastructures adéquates. Le 30 janvier 2019, l’ISRO annonce donc officiellement l’ouverture, au sein de son quartier général de Bangalore, de son centre spatial des vols habités consacré au projet Gaganyaan.

Maquette de la tour de sauvetage du vaisseau Gaganyaan présenté à l'IAC2019 à Washington (Photo : LCS-A.Meunier).

Maquette de la tour de sauvetage du vaisseau Gaganyaan présenté à l'IAC2019 à Washington (Photo : LCS-A.Meunier).

Jusqu’à 1 semaine en orbite basse

En termes de financement, le gouvernement du Premir Ministre Narendra Modi a approuvé un budget de 1,5 milliard de dollars en décembre 2018 pour un vol en orbite basse (LEO) à 400 km d’altitude de trois astronautes pendant 7 jours. Début 2020, le projet n’a reçu que 30 % du financement dont il a besoin pour fonctionner pour la période 2020-2021. Selon une information du Times of India du 8 mars, l’ISRO maintient que le projet peut fonctionner ainsi. Mais concrètement comment doit se dérouler cette première mission pilotée 100% indienne ? Un lanceur GSLV MK III décolle depuis le centre spatial de Sriharikota sur la côte est du pays et place le vaisseau de 7,8 t sur orbite 16 minutes plus tard. Celui-ci déploie ses panneaux solaires, installés de part et d’autre du module de service. Une fois à poste, l’équipage, de deux ou trois hommes, commence alors un programme d’expériences scientifiques durant un vol qui pourra durer jusqu’à 7 jours. Lors du retour, il est prévu que la séparation entre les modules de commande et de service s’effectue à 120 km d’altitude. L’amerrissage se fait ensuite en mer d’Arabie au large de la province du Gujurat. En cas de problème, l’ISRO prévoit également un site de rechange pour le splashdown : la Baie du Bengale. Cette première mission habitée doit être précédée de deux vols tests sans homme à bord. Le premier est planifié pour le mois de décembre 2020. Quatre expériences de biologie et deux expériences de physique à réaliser en microgravité seraient d’ailleurs retenu pour ce vol automatique. Ce vol embarquera toutefois un passager : Vyommitra. Mis au point par l’ISRO, il s’agit d’un robot humanoïde, ayant une apparence féminine, équivalent du Robonaut 2 mis au point par la NASA et la DARPA. Un second vol test est prévu pour le mois de juillet 2021 avant de passer à la mission proprement dite qui pourrait intervenir à la fin de l’année prochaine, ou alors en 2022 pour fêter le 75ème anniversaire de l’indépendance indienne. Après la Russie, les Etats-Unis et la Chine, l’Inde pourrait donc devenir la quatrième nation au monde à détenir une capacité d’envoyer des hommes et des femmes dans l’espace. Une capacité dans laquelle l’Europe reste toujours absente.

Antoine Meunier

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