Sécurité planétaire : une nouvelle étape franchie pour HERA

Si l’on veut éviter une catastrophe, la meilleure façon est encore de l’envisager. Dans l’hypothèse d’un impact d’astéroïde sur notre planète, l’ESA travaille actuellement à la mise en place de la mission Hera dont le premier contrat industriel a été signé mardi à Darmstadt à l’ESOC.

Si notre atmosphère nous protège des plus petits objets célestes qui se vaporisent avant même de toucher notre sol au contact de l'air, on ne peut exclure la possibilité d’un impact direct sur Terre avec un astéroïde de grande taille. Les dinosaures en savent quelque chose…Il y a 65 millions d’années, l’objet céleste tombé en plein Yuacatan provoqua un cataclysme qui entraina entre autres l’extinction des grands reptiles. Afin que notre espèce ne connaisse pas une fin aussi funeste, il faut donc envisager une "assurance-vie pour la Terre". Une mission habitée, façon "Armageddon", étant techniquement hors de portée à l’heure actuelle, l’option actuellement prévue à partir de 2022 est l’envoi de deux sondes vers l’astéroïde Dydimos, d’un diamètre de 780 m, et sa lune Dimorphos, dont la taille de 160 m correspond plus ou moins à celle de la pyramide égyptienne de Gizeh. Cette catégorie de corps célestes (les astéroïdes doubles) représente 15% de tous les astéroïdes actuellement identifiés. Le scénario s’inscrit dans le cadre de l’initiative AIDA (Asteroid Impact & Deflection Assesment) qui doit se dérouler en deux temps. Première étape : la sonde DART de la NASA doit décoller en juillet de l’année prochaine à l'aide d'un lanceur Falcon 9. L’impact prévu sur Dimorphos n’est pas attendu avant le 30 septembre 2022 et devrait modifier la trajectoire de la petite lune autour de Didymos et créer un cratère. Les effets de l’impact devraient même être observables depuis la Terre grâce aux télescopes.

Le contrat signé par Marco Fuchs CEO d'OHB Systems (à droite) et Franco Ongaro Directeur Technologie à l'ESA, atteint environ 130 millions d'euros, hors coûts de lancement (Photo : ESA).

Première spatiale : l’observation interne d’un astéroïde

La seconde étape de ce voyage sera menée par l’ESA avec la sonde européenne Hera dont le premier contrat industriel a été signé mardi entre l’ESA et l’allemand OHB Systems pour un montant de 129,4 millions d’euros (hors coûts de lancement). Selon nos informations, l'investissement total pour la mission (lancement compris) s'élèverait à 300 millions d'euros. HERA, du nom de la déesse grecque du mariage, est un satellite de 1050 kg (dont 350 d’ergols) dont les dimensions sont de 2,18 m X 1,5, soit environ la taille d’un bureau. Le départ de la mission Hera n’est pas attendu avant le mois d’octobre 2024 à bord d’un exemplaire de fusée Ariane 6. Si le départ de HERA intervient plus longtemps après celui de DART, c’est tout simplement parce que le financement de la mission européenne a été approuvé plus tard que celui de l’américaine, lors de la conférence ministérielle de l’ESA Space 19+ qui s'est tenue à Séville fin novembre dernier. Cette mission va mobiliser près de 70 entreprises dans 17 états membres de l’ESA, dont Thales Alenia Space qui doit notamment fournir le système de communication en bande X du vaisseau. Celui-ci doit fonctionner sur une distance allant jusqu’à 500 millions de km. Hera devra mesurer la déviation de trajectoire qui sera occasionnée par l’impacteur de DART qui doit percuter la surface de Dimorphos. A noter, HERA embarquera deux passagers. Il s’agit de deux cubesats de 6U ; Juventas et Milani. Le premier est équipé d’un radar basse fréquence (fourni par la France via qui reprend les caractéristiques de l’instrument CONSERT de l’atterrisseur Philae. Ce radar aura pour tâche de réaliser une cartographie de l’intérieur de Dimorphos. Milani, le second Cubesat aura pour tâche de renseigner sur la composition minéralogique de Dimorphos. Pour la première fois, il devrait être possible d’obtenir des informations sur la structure interne d’un astéroïde.

Hera doit déployer 2 cubesats autour de Dimorphos, une première autour d'un astéroïde (Image : ESA).

Démonstration technologique

Outre récolter des informations scientifiques, la mission HERA doit également tester plusieurs technologies dont la navigation autonome. Les opérations de proximité de la sonde prévoient qu’elle descende à 10 km d’altitude de Dimorphos puis, dans un deuxième temps, à seulement 1 km de hauteur. Il est aussi prévu d’abaisser encore la sonde de 200 à 150 m au-dessus du relief. D’autres étapes restent encore à franchir avant que Hera ne débute son voyage. La mission est actuellement en phase B2 et doit prochainement démarrer la revue préliminaire de design (PDR). L’intégration du vaisseau aura lieu en 2022 puis les tests environnementaux suivront en 2023. Prévue pour être lancée en octobre 2024 depuis le centre spatial guyanais (CSG), la sonde HERA a rendez-vous avec l’astéroïde Didymos et sa lune Dimorphos le 26 décembre 2026 au terme d'un voyage d'un demi-milliard de kilomètres dans le vide spatial. Il est prévu que la mission dure au moins jusqu'au mois d'août 2027.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2020)

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