Vols habités

Artemis-2 a contourné la Lune à 6500 km d’altitude

Et la Terre réapparait...(NASA).

Après quatre jours de voyage, la première mission habitée du nouveau programme lunaire de la NASA a accompli avec succès son survol lunaire. Elle est à présent de retour vers la Terre. La récolte d’informations effectuée par les astronautes permettra notamment de choisir de potentiels sites d’alunissage pour les débarquements en surface envisagés à partir de 2028 dès Artemis-4.

            Le compteur est désormais débloqué, il y a maintenant un total de 28 êtres humains ayant accompli un survol de la Lune. La dernière fois qu’un véhicule habité a quitté l’environnement de notre satellite, c’était depuis une orbite quasi circulaire de 111 km d’altitude en décembre 1972 (Apollo 17). La nuit dernière, après avoir disparu derrière la Face cachée de la Lune à 0h44 (heure de Paris), Artemis-2 est finalement reparu au terme d’un black-out radio qui aura duré 41 minutes à exactement 1h25 du matin. « Houston, nous vous entendons fort et clair », a indiqué Christina Kock au moment de la reprise de contact. « C’est bon de vous entendre à nouveau ici sur Terre », a pour sa part renchéri Jenni Gibbons, astronaute canadienne doublure de Jeremy Hansen et capcom au centre de mission à Houston. Il était 1h02 lorsque la capsule Integrity se trouvait donc au plus près de notre satellite à exactement 6543 km (4067 miles). Durant ce lapse de temps, Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen ont été complètement isolés, l’Astre des Nuits ne permettant pas les communications avec la Terre. Cela n’était plus arrivé depuis plus de 53 ans. A cette époque, quand les astronautes assuraient la veille orbitale à bord d'Apollo, seules les six équipes de surface (celles d’Apollo 11, 12, 14, 15, 16 et 17) pouvaient transmettre et recevoir vers la Terre.

Le cratère Carroll dont le nom devra être validé par la fédération astronomique internationale (NASA).

Trump imite Nixon

Dans le cas d’Artemis-2, les astronautes ont cependant débuté le travail d’observation dès 20h45 (heure de Paris) avec des phases de 45 mn en binôme. L’objectif étant tout simplement de décrire les paysages lunaires survolés. Les données collectées doivent servir à optimiser les cartes lunaires déjà existantes notamment dans l’optique de déterminer de futurs sites devant servir pour les alunissages habités attendus d’ici deux ans. Un moment d’émotion pendant le vol : l’équipage a proposé que soit baptisé un cratère du prénom de l’épouse défunte de Reid Wiseman (Carroll) et un autre du nom de baptême de la capsule Orion (Integrity). Le premier est localisé par 18,5° N – 86° O et le second 18° N, 92–95°O. Par ailleurs, si les astronautes ont battu le record d’éloignement d’Apollo 13 en atteignant une distance de 406 773 km, ils ont bénéficié d'une vue plus globale que celle de leurs prédécesseurs d’Apollo dont les orbites étaient circulaires et ne permettaient pas d’observer certaines portions. En survolant la Lune à 6543 km, l’équipage d’Artemis-2 a pu examiner une partie des régions polaires jusque-là jamais analysées par l’œil humain. Au cours de leur passage dans la face sombre, les astronautes ont également pu observer une éclipse de soleil. Il leur a donc été possible de procéder à une étude de la couronne solaire. Par ailleurs, à l’issue de son travail d’observation, le quatuor a reçu les félicitations du président Trump, en ligne depuis le Bureau Ovale. Un moment qui rappelle le coup de fil téléphonique adressé par Richard Nixon, son prédécesseur, à Neil Armstrong et Buzz Aldrin, les deux premiers piétons lunaires de l’Histoire, alors qu’ils évoluaient dans la Mer de la Tranquillité. L’histoire n’est finalement qu’un éternel recommencement…

L'équipage en conversation avec le président Trump (NASA).

Ultime phase critique

Pour l’équipage d’Integrity, la mission n’est pas encore terminée (la phase d'observation lunaire devait s'achever à 3h20 du matin). En bénéficiant du seul effet de fronde de la Lune, le vaisseau est à présent sur sa trajectoire de retour. Leur arrivée sur Terre est attendue dans la nuit de vendredi prochain. Ils devront aborder l’atmosphère terrestre à près de 36 000 km/h, soit environ 8 000 km/h de plus que lors d'un retour depuis l’ISS. Pour ménager le bouclier thermique du vaisseau, ils effectueront leur rentrée en deux temps avec un premier rebond sur les hautes couches de l’atmosphère terrestre destiné à ralentir une première fois la capsule. Ce sera l’ultime phase critique de cette mission Artemis-2 qui marque donc le retour des humains autour de la Lune. Le « splashdown », autrement dit l’amerrissage de la capsule, est prévu pour 2h07 du matin (heure de Paris) au large des côtes californienne de San Diego. Une fois cette mission achevée, la NASA prévoit de lancer, en principe l’an prochain, autour de la Terre, la mission Artemis-3 pour tester l’amarrage entre Orion et un alunisseur (HLS). Mais on ne sait toujours pas si ce sera le Starship ou le Blue Moon. Ni l'un ni l'autre n'étant encore prêt à voler...

Antoine Meunier

 

 

 

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