Zhurong, 1er rover non américain sur Mars

Zhurong s’est posé dans la nuit du 14 au 15 mai. Ses 1ères photos du sol martien étaient attendues à partir du 22 (Image : Weibo).

C’est pour le moment un sans-faute complet pour la Chine. Après la réussite de l’insertion orbitale de Tianwen-1 autour de Mars le 10 février, l’Empire du Milieu réussit l’exploit de poser avec succès son tout premier rover martien à la surface de la planète rouge. L’atterrissage a eu lieu la nuit dernière à 1h18 du matin (heure française).

Après Viking 2 arrivé le 3 septembre 1976, le rover Zhurong (la divinité du feu dans la mythologie chinoise) devient le second véhicule spatial à atterrir dans la région d’Utopia Planitia. Il devait d'ailleurs se poser à environ 1800 km d’un autre rover : Perseverance qui officie actuellement dans le cratère Jezero situé au sud-est. L’astromobile chinoise a connu une phase de descente légèrement différente de celle de son homologue américaine, arrivée le 19 février dernier sur une trajectoire directe depuis la Terre. En orbite autour de Mars depuis le 10 février, le module Tianwen 1 a largué la capsule d’atterrissage, dans laquelle était empaqueté Zhurong, depuis une altitude de 125 km. La vitesse devait diminuer de 4,8 km/s à 460 m/s au bout de 264 s. La chronologie prévoyait le largage du bouclier thermique environ une minute plus tard. Après ouverture du grand parachute de 16 m de diamètre, la vitesse devait continuer de tomber à 250 m/s (900km/h) 1 mn plus tard. Au bout de 6 mn et 10s et à 1500 m d'altitude, l’atterrisseur devait être largué pour se poser en douceur, grâce à sa propulsion à une vitesse verticale de 3,6 m/s. L’ensemble de la procédure devait prendre exactement 450 s, soit exactement 7 mn et 30 s. L’atterrissage de Zhurong qui s’est posé à 1h18 du matin (heure Paris) est maintenant localisé par 109,9°Est et 25,1° Nord à environ 40 km du point visé. L'atterrissage de cette première astromobile chinoise sur Mars s’apparente donc plus à celui des atterrisseurs des missions américaines Viking de 1976.

Les coordonnées de localisation de Zhurong (Image : CNSA).

6 instruments scientifiques

L’architecture de Zhurong s’appuie partiellement sur l’acquis des 2 rovers lunaires Yutu et Yutu 2 arrivés sur la Lune avec les missions Chang’E-3 et Chang’E-4 en décembre 2013 et en janvier 2019. Il est cependant plus gros que ses homologues sélénites qui accusaient chacun 140 kg sur la balance tandis que Zhurong pèse 240 kg, soit environ le quart de la masse de Perseverance. Ses 6 roues motrices lui permettent de se déplacer jusqu’à 200 mètres par heure et ses panneaux solaires lui confèrent une allure de papillon qui doivent lui permettre de recharger ses batteries pendant 90 jours martiens, la durée minimum de fonctionnement attendue du rover. Si aucun problème technique ne vient perturber le bon déroulement des opérations, la mission devrait logiquement dépasser 3 mois. Pour cette première chinoise à la surface de Mars, plusieurs objectifs figurent au programme dont l’étude la géologie martienne, de la répartition de la glace d’eau, du climat, la structure interne de la planète ou encore son champ magnétique. Pour se faire, Zhurong dispose d’une charge utile de 6 instruments scientifiques. Les caméras stéréoscopique (NaTeCam) et multispectrales (MSCam), de même que le radar à pénétration de sol RoSPR, doivent fournir des données sur tous les aspects géologiques de la mission. Le radar doit pouvoir pénétrer jusqu’à une centaine de mètres sous la surface avec une résolution de quelques mètres. La station météorologique MSC doit renseigner les scientifiques sur le climat, la pression atmosphérique, les vents ou encore le son à la surface de la planète. Le magnétomètre RoMag a pour tâche la détection du champ magnétique martien et le spectromètre laser infrarouge MarSCoDe devra analyser la composition chimique de la surface de la planète. Pour cet instrument, la France, par le biais du CNES, a fourni une cible de calibration dont un équivalent se trouve sur Curiosity.

Viking 2 avait précédé Zhurong dans Utopia Planitia en 1976 (Photo : NASA).

Réussite technologique

Enfin pour ses télécommunications, le rover est pourvu d’une antenne de 36 cm de diamètre. Il utilise l’orbiteur Tianwen-1 comme relais. Le délai dans les transmissions peut grimper jusqu’à 22 minutes. L’Europe est mise à contribution puisque les communications peuvent également transiter par l’intermédiaire de la sonde Mars Express. Après Sojourner (1997), Spirit et Opportunity (2004), Curiosity (2012) et Perseverance (2021), Zhurong devient le 6ème rover à fonctionner avec succès la surface de la planète rouge. Mais il est surtout le premier non américain depuis PROP-M lors de la tentative soviétique échouée de Mars 3 en 1972. Aujourd'hui, la surface de Mars n’est donc plus un territoire exclusivement exploré par des robots Made In USA (les atterrisseurs européens Beagle 2 en 2003 et Schiaparelli en 2016 n’ont pas non plus réussi à fonctionner). C’est la première mission d’exploration de Mars par la Chine, une mission qui, pour le moment, est une réussite technologique absolument éclatante et qui prouve la position dominante prise par l’Empire du Milieu depuis maintenant presque une décennie en matière d’exploration planétaire. Ainsi, le programme des sondes lunaires Chang’E ne compte que des succès. La patrie de Mao escompte bien ne pas s’arrêter là. Il est en effet envisagé une mission de retour d’échantillons martiens. Celle-ci pourrait avoir lieu à l'horizon 2030. L’envoi d’astronautes figure également au menu des projets de l’agence spatiale chinoise (CNSA). Un objectif, qui nécessitera l’emploi du lanceur Longue Marche 9 actuellement en développement, mais qui reste encore hors de portée. Pour le moment…

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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