Un verrou débloqué

Les petites phrases sont l’apanage des hommes et des femmes politiques. Glissées dans une conversation, elles sont souvent anodines mais elles peuvent être déterminantes… Ou pas. Celle prononcée par Emmanuel Macron lors du Sommet international de l’espace au Grand Palais, la semaine dernière, est presque innocente. « …Je veux que d’ici 10 ans, une capsule habitée décolle depuis Kourou ». Douze petits mots qui arrivent tardivement dans le second mandat du président. Ils ne changeront peut-être pas la face du secteur spatial européen mais ils débloquent le premier d’une longue série de verrous politiques fermés à triple tour depuis plus de trois décennies. C’est une première étape pour que les choses se mettent en marche afin que le Vieux continent s’engage sur la voie du transport spatial humain. Plus de quatre années d’effort de la part des institutionnels et des industriels, depuis l’IAC de Paris en 2022, pour convaincre les politiques de s’engager sur une voie mise de côté par l’Europe, donnent le sentiment que les choses bougent sur cet épineux dossier qui crispe certains élus. Cependant, d’un point de vue technique et politique, le modèle collaboratif adopté par l’ESA de profiter d’un siège sur la capsule Dragon (que SpaceX envisagerait aujourd’hui de retirer du service), et jusqu’en 2022 sur le Soyouz, ne peut aujourd’hui plus fonctionner. Un point déjà confirmé par Philippe Baptiste à l’auteur de ces lignes lorsqu’il était aux commandes du CNES*. Au même titre que l’observation de la Terre (Copernicus), le géo-positionnement (Galileo) - et maintenant la connectivité (IRIS2) -, la capacité humaine d’accès à l’espace est pour l’Europe un facteur de souveraineté. Mais l’acquérir d’ici une dizaine d’années, comme souhaité par le président Macron - et durant lesquelles tout peut arriver -, passera par de très nombreuses étapes préparatoires techniques et politiques. La première sera celle du conseil ministériel intermédiaire de l’ESA à Rome (IMM) le 15 décembre prochain. Un passage obligé qui permettra de préparer le Conseil Ministériel de 2028 pour voter les prochains budgets spatiaux.
Le chemin sera long. Il ne fait que commencer…
Antoine Meunier
*In Ciel & Espace N’°581 (fév/mars 2022)
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© La Chronique Spatiale (2021-2026)

Il aura fallu la guerre en Ukraine et le second mandat de Trump, pour que l'Europe comprenne le sens et l'utilité de la souveraineté. Même si le vol spatial habité n'est pas une fin en soi, l'Europe se doit de disposer de ses propres infrastructures orbitales habitées ou au moins visitables, et de ses propres moyens d'y acheminer fret et astronautes.
Je crains juste les réaction des certains scientifiques aigris et hostiles hostiles aux vols habités.
A mon humble avis, les crédit alloués à ceux-ci, aux activités militaires et aux constellations, grèvent peu ou prou, ceux accordés à la recherche et à l'exploration automatique. J'ai même tendance à penser qu'en abaissant le coût des plate-formes et de l'accès à l'espace, ils ouvrent des possibilités de missions d'exploration bon marché et tout aussi ambitieuses.
Anticipant la remarque sur les nuisances dues aux constellations de satellites, je rappelle que c'est aussi un problème pour notre souveraineté. La politique du premier arrivé, premier servi ne sera bientôt plus tenable.
Point de vue que nous partageons également.
Sur la question du "premier arrivé premier servi" que vous mettez en avant, la difficulté est de légiférer au niveau mondial.