La sonde Al-Amal s'est placée en orbite martienne

Avec Al-Amal (Hope), les Emirats Arabes Unis réussissent l'exploit de placer en orbite martienne leur toute première sonde interplanétaire (Image : UAE Space Agency).

Au terme d’un voyage de plus de sept mois dans l’espace, le petit véhicule interplanétaire émiratie vient de réussir sa mise en orbite martienne. Une performance qui permet aux Emirats Arabes Unis (EAU) de devenir la cinquième puissance mondiale à disposer d’un engin spatial pour étudier la planète rouge in situ.

C’est en effet un club restreint que les EAUs viennent d’intégrer. Avant eux, seul la Russie, les Etats-Unis, l’Europe et l’Inde ont envoyé avec succès un engin automatique vers Mars. Lancée par une fusée H-2A japonaise, Al-Amal (Hope) a décollé le 19 juillet dernier depuis la base de Tanegashima qui est située à 115 km de Kyushu tout au sud de l’archipel nippon. Au terme d’un voyage de 493 millions de kilomètres accompli en 204 jours à travers l’espace, l’insertion orbitale réussie de la sonde Al-Amal permet aux EAU de passer juste devant la Chine dont le composite Tianwen-1 (il y a un orbiteur, un lander et un rover) devait se mettre en orbite 24 heures plus tard. Pour le vaisseau chinois, il y aura ensuite une phase de reconnaissance qui doit se poursuivre jusqu’en avril ou mai afin, notamment, de déterminer un site pour son atterrisseur. Pour sa part, Al-Amal est un véhicule aux proportions plus modestes de 2,4 m par 2,9 m qui ne prévoit pas la dépose d’un véhicule sur le sol martien. Assemblé au Laboratoire de physique atmosphérique et spatiale (LASP) de Boulder au Colorado, il dispose de 4 panneaux solaires devant lui fournir jusqu’à 1800 watts de puissance électrique et qui lui confère une envergure de 7,9 m. D’une masse de 1350 kg (ergols compris), et au terme d’une ultime mise à feu des six propulseurs qui aura permis de décélérer le vaisseau de 121 000 à 18 000 km/h, Al-Amal s’est finalement inséré à 16h57 (heure de Paris), ce mardi 9 février, sur une orbite elliptique de 1000 par 49 380 kilomètres.

Depuis son orbite culminant à 40 000 km, la sonde Hope devra notamment déterminer comment l'atmosphère de Mars, ici photographiée par la sonde Rosetta en 2007, s'est échappée dans l'espace (Photo : ESA).

Des objectifs scientifiques malgré tout

Outre son caractère politique évident, (2021 marque le 50ème anniversaire de la création des EAU), il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une mission particulièrement ambitieuse car la toute jeune agence spatiale émiratie, créée en 2014, s’est fixée comme challenge de viser directement une mise en orbite martienne sans passer par une quelconque répétition autour de la Lune. Un défi qui aura donc été tenu en un peu plus de six ans. A titre de comparaison, avant d’envisager d’envoyer la sonde Tianwen vers Mars, la Chine a réalisé six missions lunaires depuis 13 ans dont le point d’orgue a été le retour d’échantillons réussis avec Chang’E-5 en décembre dernier. Parmi les objectifs scientifiques, Al-Amal doit comprendre la dynamique du climat martien en cartographiant la basse atmosphère de Mars et observer le cycle des saisons. Elle doit aussi déterminer comment l’hydrogène et l’oxygène de l’atmosphère se sont échappés dans l’espace. Ce qui est la vocation du spectromètre ultraviolet EMUS développé conjointement par le centre spatial Mohammed Bin Rashid (MBRSC) et l’université du Colorado. Le spectromètre EMIRS, mis au point par l’université d’Arizona, doit quant à lui récolter des informations sur l’atmosphère dans l’infrarouge. Le 3ème dispositif constituant la charge utile de Hope est l’imageur EXI (Emirates Exploration Imager) conjointement réalisé par le MBRSC et le LASP. Il doit réaliser des images dans l’ultraviolet et le spectre visible afin notamment de caractériser la glace, l’eau, les aérosols et les particules. La sonde doit transmettre jusqu’à 1 téraoctet de données via son antenne parabolique de 1,5 m. Les échanges ont lieu deux fois par semaine pendant 6 à 8 heures avec le centre de contrôle de la mission (MOC). Hope doit débuter 6 semaines de tests avant l’insertion sur orbite elliptique définitive de 20 000 par 40 000 km Ce qui lui permet de réaliser une surveillance de la météo martienne en continu 24 heures sur 24. La durée planifiée de la mission est de 687 jours terrestres soit une année martienne.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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