Richard Branson s’envole aux limites de l’espace

Après 17 ans d’attente, Richard Branson peut s’offrir son 1er voyage en impesanteur (Photo : Virgin Galactic).

Malgré un retard de 90 mn suite à un problème météo, le 22ème vol d’essai du Spaceship 2 Unity (N202VG) s’est parfaitement déroulé ce dimanche 11 juillet. Pour la 4ème fois, la navette suborbitale de Virgin Galactic est montée à plus de 80 km d’altitude avec, cette fois-ci, le fondateur de la société à son bord.

Entrepreneur, aéronaute ou encore kite-surfeur, Richard Branson peut désormais inscrire le qualificatif d’astronaute sur son CV. Tout dépend bien sur si l’on raisonne selon la définition américaine de la frontière de l’espace (à 80 km) ou alors selon celle de la ligne de Karman (100 km), comme définie par la Fédération aéronautique internationale (FAI). Ce que n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler Blue Origin dans un tweet en forme de publicité comparative il y a quelques jours. C’est bien connu, l’herbe est toujours plus verte ailleurs… Ce nouveau vol du Spaceship 2 permet donc de valider l’avion spatial de Virgin Galactic en configuration passagers. Initialement prévu pour 8 (6 voyageurs plus les 2 pilotes), il peut donc transporter 4 personnes ainsi que les 2 pilotes. Pour cette mission Unity 22, il s’agissait ici de Dave Mac-Kay et Michael Massucci qui auront emmené pour la 4ème fois le Spaceship 2 Unity aux limites de l’espace. Au cours de ce vol, la vitesse maximum atteinte aura été de Mach 3,1 (à peu près 3 400 km/h). Un vol qui était également un show, puisque le direct a permis de vivre les temps forts de ce voyage un peu particulier où les 4 passagers ont connu environ 3 à 4 mn d’impesanteur. Ils ont ainsi pu profiter d’une vue imprenable sur la Terre en admirant la courbure de notre planète. « C’est l’expérience d’une vie… Félicitations à tout le monde », s’est exclamé Richard Branson alors que l’avion entamait sa redescente vers le Spaceport America.

Retour au sol en douceur après 15 mn de sensations fortes (Photo : Direct VG).

15 mn d’adrénaline

Outre le milliardaire, les 3 autres passagers étaient Beth Moses, l’instructrice en chef des « Space Flight Participants » de Virgin Galactic dont c’était ici le second vol après celui réalisé en février 2019. Les 2 autres sièges de la cabine étaient occupés par Sirisha Bandla et Colin Bennett qui sont tous les deux employés de Virgin Galactic. On aura pu noter que, comme les pilotes, les 4 passagers étaient chacun équipés d’un parachute pour ce vol qui aura duré environ une heure. Mais du largage jusqu’au moment où Spaceship 2 s’est immobilisé sur la piste, l’expérience proprement dite n’aura duré que 15 mn 20 s. L’avion a été largué par le White Knight 2 depuis une altitude de très exactement 46 339 ft (environ 14 000 m). Le moteur hybride fonctionnant au polybutadienne a effectué une combustion d’une minute avant de se couper à 60 km d’altitude. Unity a ensuite poursuivi sur sa lancée pour atteindre une hauteur maximale de 282 750 ft (84,8 km) avant d’entamer son retour vers le sol.  Au préalable vers 15 000 m, les pilotes avaient rebasculé les ailes du mode feather vers le mode normal. A l’issue de cette démonstration, forcément hors du commun, les 4 protagonistes et leurs 2 pilotes sont apparus frais et dispos, sans avoir l’air d’avoir été incommodés par les 4 g d’accélération et la brève décélération de 6 g. Richard Branson s’est même offert le luxe de sauter en l’air avant d’aller retrouver ses proches et fêter le plein succès de l’expérience qui est le résultat de 17 années d’effort.

Chris Hadfield remet ses ailes d’astronaute à Richard Branson (Photo : Direct VG).

24 astronautes suborbitaux

En effet, Virgin Galactic a été créée en 2004 et le développement de Spaceship 2 ne s’est pas fait sans douleur. Le 26 juillet 2007, trois techniciens ont perdu la vie à la suite de l’explosion d’un réservoir lors d’un essai au sol. Mais ce qui reste dans les mémoires, c’est également l’accident du 31 octobre 2014 qui a coûté la vie au pilote Michael Alsbury et occasionné la destruction du SpaceShip 2 Enterprise. Mais en réalisant le premier son vol suborbital, Richard Branson reprend ici un indéniable avantage médiatique par rapport à Jeff Bezos dont le vol sur le New Shepard est attendu le 20 juillet. Il peut aussi porter ses ailes d’astronaute qui lui ont été symboliquement remises, ainsi qu’aux trois autres voyageurs, par Chris Hadfield qui compte 166 jours passés dans l’espace au travers de 3 missions (STS-74, STS-100, Exp 34/35). Depuis 1961 et le vol Mercury 3 (MR-3) d’Alan Shepard, 24 personnes au total ont réalisé au moins un vol suborbital spatial. Rappelons également que le succès de la mission Unity 22 ne signifie pas encore l’ouverture des vols réguliers qui ne sont pas attendus avant l’année prochaine. Deux autres vols d’essai de Spaceship 2 restent encore à effectuer. Toutefois, l'entrepreneur britannique sait encore comment continuer à occuper la scène médiatique. Il lance également un tirage au sort (qui se clôture le 1er septembre) via le site omaze.com pour 2 places gratuites à gagner pour un vol suborbital en 2022. Le résultat sera connu le 29 septembre.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

Une réflexion sur “Richard Branson s’envole aux limites de l’espace

  • 12 juillet 2021 à 8h57
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    Ailes d'astronautes usurpées, car selon les critères internationaux, l'espace est à 100 km!

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