Un 3ème alunissage pour la Chine

Image transmise par la télévision chinoise, Chang'E-5 s'est posée sur la surface de la Lune (Photo : CCTV)

Après un lancement réussi la semaine dernière, la sonde Chang’E-5 vient de franchir une nouvelle étape critique dans le bon déroulement de sa mission. L’alunisseur s’est correctement posé dans la région du Mons Rümker. Il était environ 16h15 (heure de Paris) ce mardi.

Depuis sa toute première mission orbitale il y a 13 ans, le programme d’exploration lunaire automatique Chang’E est pour le moment un sans-faute complet. Il compte deux mises en orbite parfaitement réussies en 2007 (Chang’E-1) et 2010 (Chang’E-2). Deux missions qui furent ensuite suivies par un premier alunissage en décembre 2013 avec Chang’E-3 puis un premier aller-retour avec la mission Chang’E-5 T1 dix mois plus tard et enfin, un second alunissage avec Chang’E-4, cette fois-ci sur la face cachée de la Lune au tout début janvier 2019. Pour Chang’E-5, les choses sérieuses ont débuté dès lundi à 4h40 (heure de Pékin) puisque les ingénieurs avaient alors procédé à la séparation entre l’alunisseur et l’étage de remontée. Ce nouvel alunissage a eu lieu ce mardi à 16h15 heure de Paris. Chang'E-5 s'est posé dans le massif montagneux du Mons Rümker. La phase de descente propulsée avait débuté à 15h58. L’étage de descente se trouvait alors à environ 15 km au-dessus de la surface sélène. Malheureusement, il n’y a eu aucune image en direct. Les émissions en live n’ont pu reprendre qu’une fois la confirmation obtenue que le vaisseau était posé intact sur la surface de la Lune. Ce troisième alunissage automatique du composite Chang’E-5 ( en comptant les 2 véhicules de descente et de remontée) permet aujourd’hui à la Chine de compter six véhicules sur la surface sélène en comptant les alunisseurs Chang’E-3 et 4 et leurs rovers respectifs Yutu-1 et Yutu-2 ainsi que Chang'E-5 T1. 

La séparation entre l'alunisseur et l'étage de remontée a eu lieu hier (Photo : CGTN).

Premier rendez-vous automatique en orbite lunaire

N'oublions pas le septième, en l'occurence le satellite relais Queqiao installé sur une orbite de Halo au point de Lagrange L2 à environ 450 000 km de la Terre. Ce dernier assure les télécommunications avec Chang’E-4 posé depuis le 3 janvier 2019 dans le cratère von Karman sur la face cachée. Pour Chang’E-5, qui va bénéficier d’un ensoleillement maximum car c’est le début du jour lunaire, les opérations de surface vont se passer rapidement. Puisque dans les 2 jours qui vont suivre, il est prévu qu’elle prélève un demi-kilo de roches lunaires en sous-sol à l’aide de sa foreuse et 1,5 kg sur la surface à l’aide de son bras robot. Le site dans lequel elle est désormais posée est composée de roches lunaires « jeunes ». Elles ne dateraient que de "1,3" milliard d'années contre 3,2 à 4,4 milliards d'années pour celle des missions Luna et Apollo. Une fois le précieux chargement « empaqueté » dans le véhicule de remontée, les responsables de la mission procèderont au décollage afin de procéder à un rendez-vous en orbite lunaire avec l’étage de retour vers la Terre. Dans ce domaine, la Russie a réussi à trois reprises (Luna 16, Luna 20 et Luna 24) et les Etats-Unis à six reprises au cours des missions habitées Apollo. Ce ne sera cependant pas la première fois que deux vaisseaux effectuent une jonction autour de la Lune. La dernière fois, c’était justement lors de la dernière mission lunaire habitée (Apollo 17), entre le module lunaire (LM) Challenger des astronautes Eugene Cernan et Harrisson Schmitt et la capsule Apollo America de leur camarade Ron Evans resté en orbite. En revanche, ce sera la première fois que deux véhicules inhabités s’amarrent l’un à l’autre autour de notre satellite. En matière de rendez-vous et d’accostage automatique, la Chine a réalisé cette manœuvre lors de la mission Shenzhou 8 qui s’est amarré à la station Tiangong-1 en 2011 ainsi qu’en 2017 avec le cargo automatique Tianzhou-1 avec la station Tiangong-2.

Une partie des installations du laboratoire situé à Pékin où seront étudiés les échantillons qui doivent être rapportés par Chang'E-5, si tout va bien peut-être d'ici la fin de l'année (Photo : DR).

Encore des étapes à franchir

Une fois en orbite lunaire, il faudra encore patienter quelques jours (au maximum une semaine) avant que le vaisseau de retour ne franchisse en sens inverse les 400 000 km qui le sépare de la planète mère. Un périple qui doit prendre à peu près 4,5 jours (112 heures). Evoquant un module de commande de vaisseau Shenzhou, testée lors de la mission Chang’E-5 T1 en 2014, la capsule transportant les précieux échantillons doit être larguée à 5 000 km d’altitude avant d’être récupérée dans le désert de Gobi. Les quelques morceaux de la Lune qui seront rapportés seront ensuite transportés dans un laboratoire spécialement dédié de Pékin. Si la mission est encore loin d’être terminée, une autre mission est d’ores et déjà prévue avec Chang’E-6 à partir de 2024. Depuis presque quinze ans, la Chine ne compte que des succès dans l’exploration automatique de notre satellite. Le retour d'échantillons attendu à partir du 15 décembre doit être le prochain.

Antoine Meunier 

©                                 La Chronique Spatiale (2020)

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