Venture Orbital Systems vise 20 tirs par an dès 2026

Haut de 6 m, le démonstrateur suborbital Boréal doit valider en vol d'ici 2 ans les éléments critiques du Zéphyr dont le tir inaugural est planifié en 2024 (Image : VOS).

C’est l’objectif affiché de cette petite start-up française avec son lanceur Zéphyr en développement depuis 2019 mais qui devrait connaitre une étape suborbitale en 2023 avec le démonstrateur Boréal. Stanislas Maximin, son CEO, répondait aux questions des journalistes lors d’une visioconférence organisée par l’AJPAE.

Sur le marché des petits lanceurs, c’est l’Electron de la firme néo-zélandaise Rocketlab qui domine actuellement sans partage. En 2019, une étude présentée au congrès international d’astronautique (IAC) de Washington, recensait pas loin de 150 projets de petits lanceurs dans le monde. Dans l’Hexagone depuis 2 ans, Venture Orbital Systems prépare activement le développement de son Zéphyr. Il s’agit d’une fusée bi-étages de 2 tonnes (masse sèche), haute de 15 mètres, et capable de placer jusqu’à 72 kg de charge utile en orbite héliosynchrone (SSO), et jusqu’à 80 kg sur orbite basse (LEO) pour un prix au lancement annoncé de 35 000 $ le kilo. Le Zéphyr est intégralement conçu en impression 3D. Pour la réalisation de certains de ses composants, il utilise notamment de la poudre d’Inconel 718 (alliage de nickel). La société qui a bouclé une levée de fonds de 750 000 € fin 2020, et qui projette le recrutement d’une centaine de personnes d’ici 2024, vient de franchir une étape importante dans le développement de son lanceur en s’associant avec le norvégien Orbital Machines, spin-off de Copenhagen Suborbitals, pour la fourniture de motopompes électriques destinées au moteur Navier de Zephyr qui fonctionne avec un mélange oxygène liquide et kérosène (RP-1). Le premier exemplaire de ce moteur doit être imprimé d’ici la fin de l’année et les premiers tests doivent avoir lieu en 2022. Selon les termes de l’accord conclu entre VOS et Orbital Machines, et dont la valeur s’établit à un million d’euros, il est prévu de réaliser une étude validant le design des motopompes électriques destinées à équiper le moteur Navier du Zéphyr dont les six unités combinées au décollage doivent fournir une poussée d'environ 13. Le lanceur est à environ 70 % conçu en interne par la start-up désormais installée à Reims depuis l’automne 2020.

1ère ébauche du moteur Navier (Mk1) dont la poussée combinée des six exemplaires 1er étage doit atteindre environ 13 t (Image : VOS).

Etre leader sur son marché

Le choix d’un tel dispositif pour la motorisation du lanceur s’explique notamment par sa simplicité de mise en œuvre. A la différence d’une turbopompe classique, où seule une partie du carburant est utilisé, l’intégralité des ergols est brûlée dans la chambre de combustion. Le lanceur Zéphyr s’inspire en fait une solution développée par Rocketlab avec le moteur Rutherford qui propulse le lanceur Electron.  « Cela permet de remplacer l’usinage par des lignes de codes et permet ainsi de faire varier la poussée du moteur numériquement », explique ainsi Stanislas Maximin. VOS étudie également une solution similaire avec la firme Enogia basée à Marseille. L’enjeu est important dans la mesure où la société entend s’imposer d’ici cinq ans comme le leader européen des opérateurs de lancement des nanosatellites en parvenant à un rythme de 20 tirs annuels à raison de 4 satellites par mission. « L’idée est d’accompagner nos clients jusque sur la bonne orbite », explique le jeune dirigeant. D’autres étapes restent à franchir entre autres avec le démonstrateur suborbital BOREAL. Celui-ci doit servir à valider les éléments critiques de Zephyr « avec au moins un tir », à partir de 2023. Ce qui implique des infrastructures pour lancer. Si Stanislas Maximin n’exclue pas la piste historique de la Guyane, 80% des demandes clients concernent plutôt l’orbite héliosynchrone. Le Nord de l’Europe parait plus adapté sachant également que le Zéphyr ne nécessite pas de gros moyens logistiques pour son déploiement. Parmi les solutions envisagées pour lancer depuis le Vieux continent figurent notamment la piste britannique. Pour parvenir au rythme de 20 tirs par an, il faudra des charges utiles à lancer (observation de la Terre et télécommunications notamment). Venture Orbital Systems doit ainsi officialiser l’ouverture de sa filiale d’offres de services à partir du 4 mars prochain.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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