La bonne santé de Perseverance

Premières mesures LIBS récoltées à la suite du premier tir de Supercam (Photo : CNES).

Présent sur Mars depuis maintenant 3 semaines, le jumeau de Curiosity se porte comme un charme et teste actuellement ses différents équipements qui doivent notamment servir à la collecte des échantillons. Leur récupération par la mission suivante n’aura cependant pas lieu avant plusieurs années. 

S’il a déjà accompli plusieurs tours de roues depuis son arrivée sur le sol de la planète rouge le 18 février dernier, Perseverance est pour le moment encore en phase d’essais. Il faut en effet vérifier l’intégralité des systèmes du rover ainsi que ceux d’Ingenuity, le petit hélicoptère embarqué qui lui servira d’éclaireur. Cette première période de mission, dite de recette, doit s’étaler sur au moins deux mois. Mais « Perseverance est en très bonne santé », constate avec satisfaction Sylvestre Maurice le responsable scientifique de l’instrument Supercam, lors de la conférence de presse en ligne organisée conjointement par le CNES et la NASA ce mercredi. Supercam a déjà fonctionné et a fourni ses premiers résultats. Selon les premières infos transmises, le laser a déjà fonctionné sur une première roche basaltique baptisée Maaz (Mars) et a permis la détection de plusieurs éléments chimiques majeurs et d’autres qui sont plus présents sous forme de « traces » a précisé Sylvestre Maurice. ll s’agit bien sûr d’un préambule aux futures investigations. Tout au long de son périple dans les paysages martiens, qui rappelons-le ne fait que commencer, et outre son instrumentation scientifique, Perseverance dispose aussi d’un microphone embarqué qui est destiné à compléter les informations récoltées avec le laser et notamment les données en spectroscopie Libs. « Le principal objectif scientifique du microphone de Supercam est de compléter les investigations Libs en obtenant des informations sur les propriétés physiques des sols et des roches martiennes », explique ainsi Naomi Murdoch, responsable du microphone conçu par ISAE SupAéro.

Conçue par Sodern, la caméra NAC devra localiser en orbite martienne la capsule contenant les échantillons (Photo : Sodern).

Une caméra pour localiser les échantillons

Ce dispositif doit notamment servir à mesurer l’amplitude acoustique lors des tirs laser. Les données qui seront recueillies doivent, entre autres, servir à étudier la dureté des cibles sur lesquelles seront peut-être prélevés les échantillons de roche martienne qui seront récupérés sur le sol martien par le Sample Fetch Rover (SFR) qui sera construit par Airbus Space. Celui-ci est prévu pour un lancement vers Mars en 2026, parallèlement à l’Earth Retun Orbiter (ERO) (également conçu par Airbus Space). Le retour des échantillons est donc déjà en marche. Les quelques morceaux de Mars qui remonteront depuis le sol vers l’orbite seront enfermés dans une capsule de la taille d’un ballon de football pour réaliser un rendez-vous spatial. L’une des principales difficultés techniques de cette mission (et elles seront nombreuses…) qui n’aura lieu qu’à la fin de la présente décennie, sera de localiser cette capsule qui devra tourner en orbite autour de Mars à une altitude comprise entre 300 et 400 km d’altitude. L’ERO sera équipé d’une caméra avec un champ de vision restreint (Narrow Angle Camera ou NAC) afin de pouvoir localiser la capsule à une distance allant jusqu’à 3 000 km. Conçu par Sodern, filiale d’ArianeGroup, un instrument similaire (NavCam) est embarqué sur la mission JUICE qui doit prendre le chemin de Jupiter l’année prochaine. Par rapport à son homologue martien NAC, la NavCam doit pouvoir détecter des objets de magnitude 10,5 contre 12,5 pour l’instrument qui sera installé sur ERO. La magnitude est inversement proportionnelle à la luminosité. Le défi pour l’ERO sera donc de récupérer un objet très peu lumineux, raison pour laquelle l’instrument NAC sera composé aux deux tiers d’un pare-soleil destiné à éviter les reflets de lumière parasite. Il faudra toutefois se montrer encore patient puisque ce rendez-vous en orbite martienne n’aura pas lieu avant 2029. Le retour des échantillons sur Terre est attendu en principe 2 ans plus tard.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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