Multiplication des lanceurs pour les vols pilotés chinois

Le module Tianhe doit être lancé fin avril (Photo : CGTN).

Au cours de 2021, la Chine prévoit de réaliser 40 lancements. Mais cette année, la priorité absolue est portée sur la station spatiale dont le premier module doit être placé sur orbite, en principe à la fin du mois d’avril et pour laquelle trois lanceurs différents s’avèrent nécessaires. De plus, dans l’optique des vols humains vers la Lune, deux lanceurs super lourds pourraient être développés.

En 2020, la Chine a réalisé 39 lancements pour une masse cumulée de 103,06 tonnes placées sur orbite. Ce qui représente une flotte de 89 engins lancés dans l’espace et place le pays juste derrière les Etats-Unis qui a effectué 44 tirs l’an dernier. Cette année, les responsables chinois prévoient de faire mieux avec un planning comptant 40 lancements au compteur. Parmi les tirs réalisés en janvier et février, citons le lancement le 19 janvier dernier, du satellite Tiantong 1-03 destiné à compléter le réseau de téléphonie mobile Tiantong. Mais en 2021, la priorité numéro 1 est donnée au déploiement de la nouvelle station spatiale annoncée depuis maintenant plusieurs années. Succédant aux modules Tiangong 1 et Tiangong 2 de la précédente décennie, ce nouveau complexe orbital se compose d’un corps central (Tianhe) et de deux modules scientifiques : Wentian et Mengtian. D’un diamètre de 4,2 m et long de 16,6 m, Tianhe doit être lancé à partir du 29 avril prochain par Longue Marche 5B. Deux autres exemplaires de LM-5B seront employés pour lancer Wentian (fin 2021) et Mengtian mi 2022). L’agence spatiale chinoise (CNSA) prévoit de déployer sa grande infrastructure orbitale au cours des seize prochains mois. Après Tianhe, il est prévu d’envoyer le module de ravitaillement Tianzhou 2 au mois de mai. Ce vaisseau cargo, testé pour la première fois lors de la mission Tianzhou 1 le 20 avril 2017, sera en revanche lancé par une fusée Longue Marche 7.

Image récente de la télévision chinoise montrant un ou une taikonaute à l'entrainement pour la mission Shenzhou 12 (Photo : CCTV).

11 fusées

Le mois suivant, la mission Shenzhou 12 devrait rejoindre cet embryon de station avec un équipage de trois taïkonautes à bord. Ce vol pourrait être commandé par Wang Yaping qui a déjà pris part à une mission spatiale lors de Shenzhou 10, du 11 au 26 juin 2013. A l'entrainement le mois dernier, elle pourrait peut-être devenir la première taïkonaute à commander un vol Shenzhou. Outre une nouvelle mission de ravitaillement planifiée à partir d’août (Tianzhou 3), l’agence pour les vols habités chinois (CMSA) prévoit un second vol piloté (Shenzhou 13) à partir de la rentrée de septembre. Le premier module scientifique de la station (Wentian) devrait quant à lui être placé sur orbite d’ici la fin de l’année. Mengtian n’est attendue qu’à partir de 2022. La Chine prévoit que son infrastructure orbitale, dont la masse devrait être d’environ 60 tonnes, ne soit pleinement opérationnelle qu’à compter de l’année prochaine. La Chine prévoit de l’occuper à au moins deux reprises puisqu’elle planifie les missions Shenzhou 14 et 15, respectivement au début et au milieu de l’an prochain. Le déploiement de la nouvelle station spatiale chinoise va donc nécessiter l’emploi de 11 lanceurs : 3 LM-5B pour les modules de la station, 4 LM-2F pour les vols habités et 4 LM-7B pour les cargo ravitailleurs Tianzhou. La durée de vie planifiée de la station est de 15 ans, soit le même temps que celui de la station Mir.

Outre la LM9 (à droite), la Chine pourrait développer une 2nde fusée super lourde avec le lanceur 921 (Photo : DR).

« Lanceur à 3 corps »

La Chine donne un coup d’accélérateur à son programme de vols habités qui requiert des lanceurs toujours plus imposants. Outre la station, l’objectif à plus long terme reste la Lune. Elle vient d’ailleurs de signer un accord de coopération (MoU) avec la Russie portant sur l’exploration de notre satellite. Si le lanceur LM-5 s’est révélé suffisant pour envoyer la mission Chang’E-5 de retour d’échantillons, la prochaine décennie nécessitera un lanceur deux fois plus important avec Longue Marche 9 qui doit être capable de tirer 140 t en orbite basse (LEO) et d’envoyer 50 t vers la Lune. Des performances qui sont à peu près équivalentes à celle de son homologue américain SLS (version Block 2) qui accumule retard sur retard. Mais le 26 février dernier, l’Assemblée nationale populaire de Chine a ouvert sa session annuelle. Une session marquée par le lancement du 14ème Plan Quinquennal de la Chine qui couvre la période 2021-2026. Le pays pourrait finalement officialiser le développement, non pas d’un lanceur super lourd mais bien de 2 ! Outre Longue Marche 9, qui est connu depuis 2011, est également envisagé le lanceur 921, dont les premières images ont commencé à circuler fin 2019. « 921 » doit être capable de lancer 70 t en orbite basse et 25 t vers la Lune, ce qui représente la moitié des performances de la Longue Marche 9 dont le premier vol n’est pas attendu avant 2029 ou 2030. Cette seconde fusée est un peu moins grande que LM9 puisqu’elle ne mesurerait « que » 87 m de haut. Les trois blocs du lanceur 921 sont pourvus de moteurs YF-100 K qui sont des évolutions du moteur YF100 qui équipent les propulseurs d’appoint de la LM5. Ce lanceur 921 pourrait donc être lui aussi développé en parallèle de LM9 dans le cadre des futures missions habitées lunaires (et martiennes ?). Il devra cependant être approuvé par le pouvoir politique. Réponse possible vers la mi-mars.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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