2nd essai de mise à feu réussi pour le SLS

Les moteurs de l’étage central du SLS auront fonctionné pendant 8 mn 19 s (Photo : NASA TV).

Devant permettre un retour humain sur la Lune, le nouveau super lanceur de la NASA a effectué hier un nouveau test de mise à feu des 4 moteurs RS-25 de son étage principal sur les installations de Stennis (Mississipi). Un essai qui a été nettement plus concluant que celui réalisé il y a 2 mois.

On prend le même et puis on recommence ? Le 16 janvier dernier, la NASA avait réalisé un premier essai de mise à feu (Green Hot fire Test) de l’étage central de la nouvelle super-fusée américaine. Prévu pour durer 8 minutes, celui-ci s’était interrompu au bout de 50 s à la suite d’une anomalie survenue sur l’un des 4 moteurs RS-25. Pour mémoire, le propulseur RS-25 a équipé la navette spatiale au cours de sa vie opérationnelle. L’essai réalisé jeudi soir vers 21h40 (heure de Paris) est une étape importante qui visait à simuler un décollage à l’issue du remplissage des réservoirs principaux. La NASA et les équipes de Boeing peuvent donc souffler puisque cette seconde tentative de mise à feu s’est mieux passée, elle aura duré très précisément 499,6 s soit environ 8 mn 19 s. Elle aura permis de consommer l’équivalent de 2 millions de litres d’hydrogène refroidis à -252 degrés et 742 000 litres d’oxygène liquide refroidis à -182 degrés. Elle aura permis de générer une poussée de 1,6 millions de livres (environ 800 t) et de faire fonctionner les moteurs jusqu’à 109 % de leur puissance. Jusqu’à 1,25 millions de litres d’eau par minute ont également été nécessaires pour refroidir la structure du déflecteur de jets. Cet essai s’inscrivait dans la série « Green Run ». Au nombre de huit, Il s’agit en fait d’une série de tests devant tout simplement valider le lanceur avant son tir inaugural, celui de la mission Artemis 1, qui vise à lancer la première capsule Orion autour de la Lune sans astronaute à bord. Une mission théoriquement prévue pour la fin de l’année ou au début de 2022. Après la mise à feu réalisée hier, cette première SLS rejoindra donc le mois prochain le VAB en Floride pour y être assemblée avec ses 2 immenses propulseurs à poudre.

Le SLS saura-t-il tirer son épingle du jeu (Image : NASA). 

Un lanceur déjà obsolète ?

Lancé en 2011, le SLS dérive de la navette non seulement à cause des moteurs principaux qui équipent son corps central, mais aussi par ses deux boosters latéraux flanqués de chaque côté. Ils sont cependant un peu plus grand puisqu’ils comportent 5 segments contre 4 à ceux de l’avion spatial. Depuis son lancement, le programme a englouti plus de 20 milliards de dollars sur la période 2010-2020. Son premier tir habité, avec la mission Artemis 2, reste planifié pour 2023. Mais cette fusée, qui ressemble finalement comme 2 gouttes d’eau à Saturn V sa glorieuse ainée des années 60, a-t-elle encore un avenir alors qu’elle n’a toujours pas volé ? Depuis le début de cette année, la NASA a pris 2 décisions. La première a été de confier au Falcon Heavy le soin de lancer vers la Lune les modules PPE (propulsion) et HALO (habitat) de la station lunaire Gateway. L’autre décision prise le 25 janvier dernier, par le bureau des missions planétaires de la NASA a été d’ordonner officiellement à l'équipe de la mission Europa Clipper de « cesser immédiatement ses efforts pour maintenir la compatibilité du vaisseau avec le SLS » et de reporter le travail sur un lanceur commercial. Europa Clipper est la prochaine sonde de la NASA qui doit être envoyée en 2025 vers Jupiter. Le Falcon Heavy pourrait servir pour ce tir. Par ailleurs le 3 février, un groupe de sénateurs démocrates a demandé par courrier à l’administration Biden, la poursuite du programme Artemis mais sans évoquer le SLS. Deux jours plus tard, la Maison Blanche a confirmé la poursuite du programme mais n’a pas parlé du super lanceur. S’il reste indispensable pour lancer les missions habitées Artemis vers la Lune, face aux lanceurs commerciaux, type Falcon Heavy et New Glenn de Blue Origin (dont le premier tir n’aura pas lieu avant la fin 2022), le SLS saura-t-il rester compétitif sachant que chaque mission pourrait couter jusqu’à 2 milliards de dollars ? Pas évident…

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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