ILRS, la réponse sino-russe à Artemis ?

La conquête de la Lune telle qu’envisagée par la CNSA et Roscomos (Image : CNSA/Roscomos)

Alors que les taïkonautes de la mission Shenzhou 12 viennent de prendre possession de leurs nouveaux locaux, les agences spatiales chinoise (CNSA) et russe (Roscomos) viennent de dévoiler au forum GLEX qui s’est achevé ce vendredi leur feuille de route pour la réalisation d’une base lunaire à l’horizon 2030.

La poursuite de la conquête de la Lune aura-t-elle lieu uniquement sous la houlette du programme américain Artemis ? La Russie qui n’est pas signataire des accords Artemis a signé en mars dernier un protocole d’accord (MoU) avec la Chine, portant sur la création d’une station lunaire de recherche scientique (ILRS). Une base pour laquelle la Chine souhaite vivement une participation internationale. Les deux entités ont chacune détaillé leur feuille de route lunaire commune pour les quinze années à venir dans un document de 20 pages pour la CNSA et une vidéo publiée sur Twitter pour Roscomos. « L’ILRS est un complexe qui pourrait être construit à la surface et/ou en orbite autour de la Lune et servir à plusieurs choses dont l’exploration de la Lune, la recherche multi-disciplines ou encore l’observation astronomique depuis la surface ». A plus long terme, il s’agit bien entendu de préparer l’arrivée d’équipages de cosmonautes. La première phase de ce programme, baptisée « Reconnaissance » (de 2021 à 2025), s’appuie sur six missions automatiques : trois chinoises (Chang’E-4, Chang’E-6 et Chang’E-7) et trois russes (Luna 25, Luna 26 et Luna 27). Chang’E-4 est actuellement en cours puisque cette sonde a réalisé le premier alunissage sur la face cachée de notre satellite le 3 janvier 2019. Chang’E-6 et 7 sont attendues à partir de 2023.

Les trois sites envisagés pour implanter l’ILRS (Image : CNSA/Roscomos)

3 phases

L’agence spatiale française CNES contribue à Chang’E-6 avec la fourniture du spectromètre alpha DORN. Luna 25, la première des trois missions russes doit normalement décoller à partir du mois d’octobre ou dans les premiers mois de 2022. Luna 26 et 27 sont, quant à elles, planifiées à partir de 2024. L’objectif de ces six véhicules automatiques est, entre autres, de mettre au point les techniques d’alunissage et de valider les procédures de télécommunications. Vient ensuite la phase dit de « Construction » avec un première étape de 2026 à 2030. Pour le moment, la Chine et la Russie n’annoncent que 2 missions : Chang’E-8 pour la première et Luna 28 pour la seconde et des « missions potentielles avec d’autres partenaires ». A l’inverse de Luna 25 qui n’accusait qu’1,7 t, Luna 28 est un composite qui doit faire environ 4,3 t avec un lander et un rover qui devront explorer le pôle sud lunaire à partir de 2027. La masse croissante des véhicules requiert des lanceurs plus importants. Si pour « Reconnaissance », les LM-3B et LM-5 côté chinois et Soyouz-2 côté russe étaient suffisants, la phase « Construction » (2026-2035) nécessitera le LM-9 (actuellement en développement et attendu pas avant 2029) et Angara 5 (dont le dernier vol remonte au 14 décembre 2020) si l’on en croit l’illustration du document cosigné par les 2 agences. Pour la seconde partie de « Construction » figurent les objectifs suivants : Mise en place finale de l'ILRS pour compléter les installations dédiées aux communications, à la distribution énergétique ainsi qu’à la recherche, l'exploration et l’expérimentation de l'utilisation in situ des ressources et « d'autres technologies communes potentielles ». Cinq missions sont programmées dans cette seconde phase (ILRS-1 à IRLS-5).

Maquette de la sonde Luna 25 au SIAE 2015 (Photo : LCS-A.Meunier)

Recherche de partenaires

Ce qui nous mène à présent à la phase 3 : « Utilisation ». Il s’agit ici bien entendu de disposer d’une infrastructure permettant une exploitation humaine du site qui sera choisi avec tous les modules nécessaires (support-vie, exploitation in-situ des ressources, télécommunications, etc…). La vidéo de Roscomos, identique sur le fond au document de la CNSA, montre des satellites relais, des antennes paraboliques, des drones ou encore des rovers. 3 sites d’alunissages possibles, pour implanter la base ILRS, ont été identifiés : le cratère Aristarque, situé dans l'Océan des Tempêtes, dans le nord-ouest de la Face visible, le cratère Amundsen près du pôle sud et les collines Marius, également dans l’Océan des Tempêtes. Une région qui fut un temps envisagée par la NASA pour envoyer la mission Apollo 15 en 1971. Si pour le moment, rien n’est figé, les deux agences ont tout de même identifié cinq domaines de coopération pour d’éventuels partenaires internationaux à la réalisation de la base ILRS. Il pourrait notamment s’agir de fournir des services de lancement, de missions partagées. Tout comme la Chine sur ses trois prochaines missions Chang’E, la Russie escompte également une collaboration internationale sur les trois prochaines missions Luna. De nombreux points restent encore à déterminer. La conquête de la Lune nécessite encore de nombreux défis à relever. La Chine est pour l’instant en train de relever celui de sa nouvelle station spatiale dont l’équipage de la mission Shenzhou 12 vient de prendre possession.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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