Deux modules européens pour la station Gateway

Thales Alenia Space fournira les éléments d'habitation I-Hab et logistique à partir de 2026 (Image : TAS)

La future échéance lunaire se concrétise aujourd’hui industriellement pour l’Europe de l’espace. A l’occasion de la troisième et dernière journée de l’IAC 2020, Thales Alenia Space a officialisé la fourniture des modules I-Hab et ESPRIT destinés au futur complexe orbital lunaire.

Si l’ISS a été le pivot de l’exploration habitée de ces 20 dernières années, la future Deep Space Gateway sera sans doute le pivot de l’industrie spatiale - au moins pour les vols spatiaux pilotés - pour les 20 années prochaines années. Si la configuration de l’avant-poste lunaire n’est pas encore totalement figée, le calendrier fixe à 2023 le lancement des 2 premiers éléments de la station, prévue pour accueillir jusqu’à 4 astronautes pour des séjours d’une durée comprise entre un à trois mois. Le premier de ces composants est le module de puissance et de propulsion (PPE). Ce module doit fournir jusqu’à 60 kilowatts d’électricité à la future station pour les communications à haut débit, le contrôle d’attitude et des capacités de transfert orbital. D’une masse d’environ 40 tonnes (environ 10 fois moins que celle de l’ISS), la Gateway devra évoluer sur une orbite un peu particulière dite NRHO (Near Rectilinear Halo Orbit). Pratiquement polaire, l'apogée autour de la Lune culminera à 70 000 km et le périgée descendra à 3 000 km. Ainsi, la station tournera autour de la Terre à la même vitesse que la Lune. Une telle orbite offre en effet une visibilité permanente qui est absolument nécessaire aux télécommunications avec la Terre. Le second élément à être envoyé sera le module pressurisé HALO construit par Northrop Grumman et qui dérive du cargo Cygnus. Il permettra déjà une occupation partielle de la Gateway. TAS fournit son système de protection contre les micrométéorites. Il est prévu que le HALO et le PPE soient envoyés ensemble par le SLS.

Intégration dès 2023

Parallèlement, le premier des deux éléments critiques européens de la Gateway, que TAS a officialisé ce mecredi, sera lancé en 2024. Il s’agit du module de ravitaillement ESPRIT (European System Providing Refueling Infrastructure and Telecommunications) dont le coût est estimé à 295 millions d'euros. Celui-ci se compose en deux parties. La première est le système HLCS (Halo Lunar Communications System) qui doit permettre d’assurer les communications entre la station et les équipages qui évolueront à la surface de la Lune à partir de 2024. Si la Gateway doit être partiellement habitable, rien n’est encore sûr quant à une éventuelle utilisation de la station dans le cadre de la mission Artemis 3 (premier alunissage piloté). Le second élément d’ESPRIT est le module de ravitaillement ERM qui assure l’alimentation en carburant chimique et en xénon. Cet élément intègre aussi un tunnel pressurisé comportant des fenêtres qui permettent une vision à 360 degrés sur l’espace, la Lune et la Terre. Sa livraison contiendra des éléments de logistique et de ravitaillement pour l’équipage. Le développement du module a déjà commencé dans le cadre d’un accord préliminaire et le contrat devrait être signé d’ici la fin de l’année annonce Thales Alenia Space. Le second élément fourni par l’Europe est le module international d’habitation I-Hab. L’ESA et Thales Alenia Space ont officialisé la signature de la première tranche de ce contrat d’un montant de 36 millions d’euros sur un montant global de 327 millions. Le montant total pour les deux modules dépasse les 600 millions d'euros. Evolution des éléments fournis par l’ISS, le I-Hab doit offrir un environnement protégeant les astronautes situés dans l’espace lointain et exposé au rayonnement cosmique. A noter que, à l’inverse de l’ISS, l’occupation de la Gateway ne sera pas permanente, une grande place sera laissée à l’automatisation de ce qui doit être le premier avant-poste humain dans l’espace lointain. Concernant la future présence humaine de la station à partir de 2025, l'ESA a déjà négocié 3 opportunités de vol pour ses astronautes.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2020)

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