Succès partiel pour le Starship qui s’écrase à l’atterrissage

Le prototype SN8 offre au Starship son 1er décollage (Photo : Direct Space X).

La 2ème tentative de décollage aura donc été la bonne. A 23h40 (heure de Paris) hier soir, le Starship SN8 s’est finalement élevé comme prévu au-dessus de la base de Boca Chica au Texas. Un vol inaugural qui s’est malheureusement achevé par un crash au sol du prototype.

Elon Musk lui-même l’avait dit, beaucoup de choses pouvaient mal tourner au cours de ce très attendu vol d’essai du Starship SN8. Il déclarait d’ailleurs, il y a quelques jours dans un tweet, qu’il y avait « deux tiers de chances que tous les objectifs ne puissent être remplis ». Le développement d’un véhicule aérospatial est en effet une chose longue qui est souvent parsemée d’embuches. Ainsi avant de parvenir à récupérer un premier booster de Falcon 9 sur sa barge océanique, Space X avait dû s’y reprendre à cinq reprises. Dans la mise au point de son future véhicule interplanétaire, Space X a franchi une première étape importante mais reste fidèle à la philosophie qui est la sienne. Rappelons qu’il s’agit quand même d’une structure en acier inoxydable qui, lorsqu’elle sera opérationnelle, doit accuser environ 1300 t sur la balance (avec le premier étage Super Heavy ce sera dans les 5000 t). Ce vol qui a duré au total 6 mn et 42 s et a permis d’atteindre 12,5 km d’altitude (contre 150 m pour le Starhopper et les démonstrateurs SN5 et SN6 en 2019), avait notamment pour objectif de vérifier la tenue de vol du vaisseau en milieu aérien. A T+ 1 mn et 43 s, l’un des trois moteurs Raptor s’est coupé et le véhicule a continué sa course. Un deuxième propulseur a ensuite été coupé à T+3 mn et 14 s. A T+ 4 mn et 39s, alors qu’il était dans une « chute libre contrôlée », le Starship SN8 a effectué une manœuvre de retournement pour passer à l’horizontal en utilisant ses deux paires de volets qui sont orientables électriquement ainsi que des moteurs RCS disposés sur la partie avant du véhicule. A T+ 6 mn et 32, le vaisseau a ensuite rallumé ses moteurs pour repasser en position verticale. Dix secondes plus tard le Starship SN8 percutait la plateforme d’atterrissage.

Si l'atterrissage du Starship a malheureusement échoué, la précision était néanmoins là. Au centre de la plateforme, on reconnait le "Nose Cone" du vaisseau (Photo : Direct Space X).

Un domaine maîtrisé

« La pression de carburant dans le réservoir était faible durant la combustion à l’atterrissage, ce qui a entrainé une vitesse élevée lors du ‘touchdown’… », a expliqué Elon Musk dans un tweet ajoutant néanmoins que « nous avons toutes les données dont nous avons besoin ». Si le véhicule a été détruit, ce vol d’essai peut être cependant considéré comme un succès (partiel) pour plusieurs raisons. La première est bien entendu qu’il a volé avec succès. La manoeuvrabilité a également pu être testée de même que la précision de l’atterrissage. Un domaine que Space X maitrise déjà plutôt bien. Elle peut s’appuyer sur une expérience acquise de 62 atterrissages réussis (au sol et sur les barges océaniques) avec la fusée Falcon 9. Ce vol est donc une première pierre dans la mise au point du Starship qui représente une entreprise sur le long terme. N’en déplaise à Elon Musk, l’envoi d’hommes sur Mars n’est pas encore pour tout de suite. Le prochain test, avec l’exemplaire SN9 qui est déjà complètement assemblé, a d’ores et déjà était annoncé mais pour le moment sans en préciser la date. Il s’agira pour ce nouvel essai de corriger les erreurs rencontrées lors de SN8 en réalisant là aussi une ascension à 12,5 km. Outre l’exemplaire SN9, Space X dispose des véhicules d’essais SN10 à SN12 à différents stades d’assemblage. D’autres pièces pour les exemplaires suivants ( SN13 à SN16) sont néanmoins disponibles. L’aventure du Starship ne fait que commencer...

Antoine Meunier 

©                                 La Chronique Spatiale (2020)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.