Un nouveau module pour l’ISS

Nauka devait s’amarrer au port nadir du module Zvezda (Image : NASA).

Avec le JWST, c’est l’un des éléments spatiaux qui aura connu le plus de retard dans son calendrier. Le module russe Nauka devait s’envoler pour l’espace dès 2007 ! Lancé hier par une fusée Proton-M depuis le pas de tir 39 du site de lancements 200 de Baïkonour, il aura finalement été placé sur orbite avec succès hier en fin d’après-midi, avant de rencontrer quelques problèmes ce jeudi. 

La Station spatiale internationale (ISS) va donc recevoir un espace de vie supplémentaire qui se sera fait désirer. Son histoire remonte pratiquement à l’origine même de l’ISS en 1995. Désigné MLM (Module Laboratoire polyvalent), Nauka est construit sur la base du FGB-2 (Functionnal Cargo Block), le module de réserve du laboratoire Zarya qui est l’un des éléments de la partie russe de la station. Ce rechange était alors construit à 70 % à la fin des années 90. En 2004, il est décidé de modifier ce module pour en faire le MLM. A la même époque, l’agence spatiale russe prévoit de lancer ce gros cylindre de 23 t, offrant un volume habitable de 70 m3 (pour un volume total de 80,9 m3), pour le mois de novembre 2007. Long de 13 m et d’un diamètre de 4,11 m, Nauka sera réservé au travail scientifique, au stockage et à l’amarrage. Ses panneaux solaires lui confèrent une envergure de 30 m. Il pourra également servir d’aire de repos pour les cosmonautes. L’intérieur est équipé de toilettes ainsi que d’une cuisine et des équipements de support-vie. Ce nouvel élément dispose de 4 écoutilles. Et depuis 2007, date initiale envisagée pour sa mise sur orbite, Nauka aura connu pas moins de six reports différents. Dès 2006, Roscomos négocie avec les partenaires pour repousser la mise sur orbite de 2007 à 2008 puis 2009. Mais les problèmes ne vont cesser de se multiplier.

Décollage hier avant insertion sur orbite de 199x375 km d’altitude pour le module Nauka (Photo : Roscomos).

Problèmes en cascade

En 2013, le module échoue à la revue d’acceptation de Krunichev, le constructeur du laboratoire, qui annonce des réparations pour une durée d’environ 12 à 18 mois. En 2013, une vanne qui fuit nécessite son remplacement mais également une décontamination complète du module. L’année suivante, un nouveau retard est annoncé au motif que la garantie du système de propulsion était dépassée. D’importants travaux de réparation de la plomberie extérieure de Nauka doivent être réalisés à la suite d’une fuite de carburant. En 2017, de la poussière métallique est découverte dans les réservoirs de carburant. Il est alors décidé de les remplacer par des réservoirs conçus par NPO Lavochkin et dérivés de ceux d’un étage Fregat. Toutefois, le 17 octobre 2019, l’agence Tass révèle la réparation réussie des réservoirs originaux. Du coup, les « dérivés » de Fregat ne sont plus considérés comme nécessaires. Le lancement est alors envisagé pour le mois de novembre suivant. Mais un nouveau report est prévu car de nouvelles valves de carburant doivent être installées sur les réservoirs. Pour couronner le tout, à partir de mars 2020, le coronavirus vient jouer les trouble-fêtes dans un calendrier dont les retards ne cessent de s’allonger. Les derniers tests de certification sont menés par des équipes réduites du fait de la pandémie. En octobre dernier, les cosmonautes Oleg Novitsky et Piotr Dubrov, actuellement à pied d’œuvre sur l’ISS, purent enfin débuter leurs essais d’interfaçage en prévision de l’amarrage du module à la station.

Initialement prévu pour la navette Hermès, le bras robot ERA de l’ESA est désormais rattaché au module Nauka (Image : ESA).

Encore des problèmes ?

Il est prévu que la connexion de Nauka se fasse au port nadir du module russe Zvezda, chronologiquement le troisième élément de l’ISS après Zarya et Unity, le 29 juillet prochain. Ce qui nécessite le retrait du sas Pirs planifié pour samedi. Celui-ci doit être le premier module de l’ISS à être désorbité. Il doit brûler dans l’atmosphère terrestre. Quant à la manœuvre d’amarrage de Nauka, elle est parfaitement automatisée et sera supervisée par les cosmonautes depuis l’ISS. Enfin, si tout va bien… Il semble en effet que, depuis sa mise sur orbite réussie de mercredi, le module ait rencontré plusieurs problèmes techniques dans la pression des réservoirs de carburant. Au moment où ces lignes sont écrites, les responsables du Tsoup (le centre de contrôle des missions de Moscou) calculaient une nouvelle trajectoire de rendez-vous avec l’ISS afin de pouvoir réaliser la première correction d’orbite prévue. Rappelons également que Nauka est muni d’un équipement européen en l’occurrence le bras robotique européen ERA. Prévu à l’origine pour voler sur la navette Hermès, ERA est un dispositif de 11,3 m de long conçu par un consortium de 22 entreprises européennes supervisé par Airbus DS. Sa masse au lancement est de 630 kg. Capable de se « déplacer » sur le segment russe de la station, il doit permettre d’apporter les mêmes fonctions que les 2 bras japonais et canadien. ERA devra être capable de manipuler jusqu’ à 8 t de matériel avec une précision de 5 mm. Manoeuvrable depuis l’intérieur et l’extérieur de l’ISS, il doit également permettre de faciliter les déplacements des astronautes d’un site de travail à un autre.

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

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