Vols habités : le quasi monopole de Space X

Dimanche 19 septembre, retour pour la capsule Inspiration 4, un 1er vol privé qui en annonce d’autres pour la firme d’Elon Musk (Photo : SpaceX).

Après 3 jours passés sur orbite à 585 km d’altitude, le vol Inspiration 4 a amerri, sans encombre, dans l’Atlantique dans la nuit de samedi à dimanche. Une première mission orbitale habitée, totalement privée, qui en annonce toute une série, dès 2022, pour la société d’Elon Musk.

Après le retour réussi des taïkonautes de Shenzhou 12 et à présent des astronautes d’Inspiration 4, la population humaine, présente sur l’orbite basse de notre planète, est maintenant redescendue à sept personnes. Le retour de la capsule Dragon, dimanche matin, commandée par Jared Isaacman, marque le second amerrissage d’un Crew Dragon avec équipage après celui de Crew-1 le 2 mai dernier. Celui de la mission Demo-2 avait eu lieu dans le Golfe du Mexique. Si le programme d’activités, des quatre astronautes non professionnels de l’équipage d’Inspiration 4, comprenait quelques expériences liées à la physiologie humaine, l’aspect le plus important de cette mission est indiscutablement son volet caritatif. L’objectif, rappelons-le, était de collecter 200 millions de dollars (Jared Isaacman s’est lui-même engagé à verser 100 millions) pour le compte de l’hôpital pour enfants Saint-Jude de Memphis. Les jeunes patients de Saint-Jude ont même pu échanger avec l’équipage de Resilience lors d’une visioconférence le vendredi 17 septembre. Bien qu’il n’y ait pour le moment pas d’information quant à la somme recueillie, l’objectif initial « serait surpassé » selon un tweet de Jared Isaacman. De son côté, Elon Musk a annoncé faire une donation à hauteur de 50 millions.

Vue imprenable sur la Terre pour Hayley Arcenaux depuis la Cupola de la capsule Inspiration 4 (Photo : Direct Space).

Une réussite

Si Inspiration 4 est une incontestable réussite caritative et médiatique, il serait néanmoins prématuré de dire que la mission annonce l’ouverture des vols orbitaux pour le grand public. Toutefois, il devrait y avoir de plus en plus d’astronautes non professionnels dans l’espace d’ici 2030. Inspiration 4 n’est pas qu’un simple « coup médiatique » puisque cette mission doit être suivie par un autre vol du même type dès le mois de janvier prochain avec Ax-1 qui sera opéré par la firme américaine Axiom Space. La société prévoit dans un premier temps 4 vols à bord du Crew Dragon sur la période 2022/2023. La seconde mission (AX-2), planifiée à l’automne 2022, doit être commandée par Peggy Whitson qui travaille aujourd’hui pour Axiom Space, elle a quitté la NASA depuis le 16 juin 208. Comme pour le vol Ax-1, trois personnes privées doivent prendre place à bord d’une capsule Dragon. Un seul d’entre eux est pour le moment connu. Il s’agit de l’entrepreneur et pilote de course américain John Shoffner. A l’image de Sian Proctor sur Inspiration 4, il sera pilote à bord du vaisseau. Pour Space X, les vols avec Axiom Space s’ajoutent à ceux qui sont destinés à la desserte de la Station spatiale internationale (ISS). Space X en a déjà réalisé trois : Demo-2 et Crew-1 en 2020. Crew-2 (avec notamment Thomas Pesquet) est actuellement à bord de l’ISS mais deux autres vols sont d’ores et déjà prévus, toujours avec le Crew Dragon : Crew-3 à partir du 31 octobre, avec notamment l’astronaute allemand Mathias Maurer dont ce sera le baptême de l’espace. Puis à la mi-avril 2022, est planifiée Crew-4 à laquelle prendra part l’astronaute italienne Samatha Cristoforetti. Deux autres vols destinés à rejoindre l’ISS (Crew-5 et Crew-6) sont projetés, quant à eux, pour 2023. Il s’agira, pour le moment, des 2 derniers vols opérés par Space X dans le cadre du programme d’équipages commerciaux (CCP) de la NASA. Sur la période 2020-2023, le Crew Dragon doit donc voler, dans l’immédiat, au total 11 fois. Un douzième vol, envisagé par Space Adventures, pourrait également avoir lieu en 2023. Mais l’ambition de Space X est de réaliser jusqu’à 6 missions privées par an.

La comédienne Yulia Peresild et Klim Chipenko (à droite) seront les 2 premiers passagers privés, depuis 2009, à bord du Soyouz MS20 commandé par le cosmonaute Anton Shkaplerov (Photo : Roscomos).

Un quasi monopole 

Sa première destination, c’est bien sur l’ISS (ce qui n’est pas nécessairement le cas comme l’a démontré la réussite d’Inspiration 4). Une ISS qui doit se voir adjoindre les modules de la future Station Axiom, à partir de 2024, et qui doit ensuite devenir indépendante à cette date. Et d’autres structures pourraient voir le jour. En début d’année, dans le cadre de son programme Commercial LEO Destinations (CLD) la NASA annonce qu’elle dégagera une enveloppe totale de 400 millions de dollars pour des études préliminaires de structures destinées à l’orbite basse de la Terre. Parmi les entreprises susceptibles de fournir ce type de solution figurent notamment Blue Origin, Airbus US, Nanoracks, Raytheon ou encore Ruag Space. La première phase de financement devrait être connue entre le mois d’octobre et le mois de décembre. Pour ce qui est du moyen de transport, deux vaisseaux sont aujourd’hui opérationnels : le Soyouz et le Dragon 2. Et si la NASA est déjà la première cliente des services de Crew Dragon, la firme de Hawthorne est aujourd’hui libre de proposer les services de son vaisseau à qui elle le souhaite. Même si le Soyouz doit prochainement accomplir deux vols pratiquement privés en direction de l’ISS - en octobre et en décembre, avec le réalisateur russe Klim Shipenko et sa compatriote Yulia Peresild pour y tourner quelques séquences du film « The Challenge » puis les japonais Yusaku Maezawa et Yozo Hirano -, le Crew Dragon pour le moment, en Occident, domine très largement le segment des vols spatiaux privés pour ne pas dire des vols habités tout court (n'oublions pas le Starship pour le programme lunaire Artemis). De plus, la capsule Starliner de Boeing n'embarquera vraisemblablement pas d'astronautes avant 2022. Le second vaisseau devant assurer la navette entre le sol et le complexe orbital international, se fait encore attendre, son second test automatique (Boe-OFT2) n’aura pas lieu avant novembre. Se pose également une autre question : à quand un véhicule habité depuis la Guyane ? Depuis l’abandon du programme Hermès en 1992, l'Europe se contente de faire du stop avec le Soyouz et, à présent, avec les capsules commerciales américaines. Si l’industrie spatiale du Vieux Continent appelle de ses vœux un véhicule habité, l'opposition politique subsiste. Cependant, une opportunité de prise de décision pourrait se dessiner sur le Vieux Continent avec la présidence française de l’Union Européenne en 2022…

Antoine Meunier

©                                 La Chronique Spatiale (2021)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *